Hate – Tentative de duo avec un cheval

Le Monfort

  • Date Du 25 septembre au 4 octobre 2019

Comment parler de la crise que nous sommes en train de vivre sans avoir envie de nous pendre ? C’est la question que pose Laëtitia Dosch au début de son spectacle Hate. Sa réponse : en parler avec un cheval, sur scène, pour un peu plus de poésie. 

 

Le début de la pièce surprend : pas tant parce qu’on découvre un cheval gris en liberté sur le plateau transformé en manège, pour cela on est prévenu.e.s par les affiches et l’annonce avant d’entrer en salle que Corazon n’aime pas le bruit et qu’il faut rejoindre sa place en silence ; pas non plus parce que Laëtitia se lève des rangs du public pour monter sur la scène et se dénuder, à l’exception d’une sorte de sacoche dans laquelle elle range son sabre. On est surpris parce que le texte parle de nous, de l’époque qu’on vit avec une franche sincérité, une simplicité sans gêne : “on va dans des bars et on ne se parle pas”, “j’ai regardé plus d’écrans que d’yeux cette année”, “les gens se sentent de plus en plus seuls”. Laëtitia passe d’un récit commun à celui de son intimité : “J’ai fait plus souvent l’amour sur scène que dans la vraie vie”. Devant une toile de fond où il est peint une nature artificielle, la comédienne parle de ce qu’elle ressent, et nous nous y retrouvons souvent. Alors, elle essaye d’expliquer à Corazon ce que c’est notre monde, ce que c’est que Calais, ce que c’est de ne pas avoir de maison, littéralement ou métaphoriquement.

 

Malheureusement, le milieu de la pièce tient moins le rythme et traîne un peu en longueur, malgré plusieurs scènes burlesques. Laëtitia tente surtout de dialoguer avec son cheval en contrefaisant sa voix. L’effet, d’abord drôle, devient parfois gênant, notamment quand elle insiste pour faire l’amour avec lui. On se demande pourquoi elle en passe par là : est-ce pour dire quelque chose de nos rapports amoureux à nous ? Est-ce pour parler de nos rapports aux animaux ? En tout cas, Laëtitia questionne : elle questionne notre supériorité, nos sentiments qui passent si vite de l’amour à la haine, et la zoophilie est peut-être ici un biais parmi d’autres pour évoquer notre domination sur le monde animal.

 

La fin de la pièce nous rappelle justement les limites de notre lien, et justifie le sous-titre de la pièce : “tentative de duo avec un cheval”, et non pas équité – titre proposé par Corazon qui apprécie lui aussi les jeux de mots. En effet, comme le souligne Laëtitia, il ne pourra être question ici que de tentative, car le cheval ne parle pas, c’est toujours l’humain qui lui donne une voix et lui prête ses sentiments, ce qui rend l’union -pour l’instant- encore impossible. Ainsi on ne sait pas si le titre principal – Hate – tend à dénoncer le fait que notre relation au monde animal penche davantage vers la haine que vers l’amour, s’il évoque la haine de la comédienne pour notre société ou s’il regrette les rapports de haine qui souvent se cristallisent envers l’Autre, l’inconnu.

 

En conclusion, on aurait peut-être aimé moins de paroles et plus de poésie, il faut reconnaître que Hate est une pièce pleine d’énergie et de vie, une tentative de théâtre vivant et de rapprochement vers l’autre, qu’il fait bon voir dans notre époque morose.

 

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