La Fin de l’homme rouge

Théâtre des Bouffes du Nord

  • Date Du 12 septembre au 2 octobre 2019
  • D'après les roman de Svetlana Alexievitch (Prix Nobel de Littérature 2015)
  • Mise en scène et adaptation Emmanuel Meirieu
  • Traduction Sophie Benech
  • Musique Raphaël Chambouvet
  • Costumes Moïra Douguet
  • Lumières, décor, vidéo Seymour Laval, Emmanuel Meirieu
  • Son Félix Muhlenbach, Raphaël Guenot
  • Maquillage Roxane Bruneton
  • Avec Stéphane Balmino, Evelyne Didi, Xavier Gallais, Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, Maud Wyler, André Wilms et la voix de Catherine Hiegel
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D’après le roman de l’autrice biélorusse Svetlana Alexievitch (Prix Nobel de Littérature 2015), la mise en scène d’Emmanuel Meirieu rend hommage au régime soviétique et ses témoins brisés par l’utopie. Sept personnages reprennent leurs douces voix dans un écrin de lumière et sur un plateau d’un désordre abominable au Théâtre des Bouffes du Nord. Le désordre du plateau fait écho à celui du quartier de la Chapelle où se situe le théâtre à cause des crises à répétition avec des réfugiés, de la vente de drogue et de la forte présence de jeunes hommes isolés sur les voies publics.

 

L’ouvrage (2014) rapporte les témoignages désabusés des habitants de l’Union soviétique sur les changements sociaux brutaux qu'ils ont subis avec la fin de l'URSS. Les propos exposent souvent le plus complet désarroi ressenti par les petits gens. L'essai ne s'arrête pas seulement aux changements matériels et concrets subis par la population dans les années 1990, mais aussi par la rupture du paradigme communiste (mépris de l'argent et du capitalisme, fin de la culture intellectuelle, etc.). L'ouvrage fait aussi état de la nostalgie de l’URSS, nostalgie ambivalente balançant entre l'image plutôt positive de Staline, celle très négative de Mikhaïl Gorbatchev et des protagonistes qui ont accompagné ou provoqué la fin du régime communiste.

 

Emmanuel Meirieu a choisi cinq identités à nous présenter sur le plateau dans un chaos rempli de sable, de livres déchirés, de pages, de poutres sur le sol. A notre entrée dans la salle, les personnages étaient déjà sur scène, des silhouettes immobiles placées dans une pénombre verdâtre, sans aucune appartenance de l’un à l’autre. Il n’y a aucun lien entre les personnages, le seul point commun, c’est leur pays natif et le drame dans leurs vies. Ils ne vivent pas le régime de la même manière : certains sont heureux et croient entièrement en l’utopie qu’ils vivent jusqu’à la fin de l’époque soviétique où ils décident de se suicider, les autres décrivent les conditions de vie dans des orphelinats, d’autres encore ont subi Tchernobyl. Un drame suit un autre. Un personnage mal habillé en vieux vêtements sans aucun style particulier de couleur grise ou brune, aux allures neutres, sans mouvements particuliers, des vidéos presque poétiques aux symbols de l'époque en arrière plan.  La mise en scène reste dans le cliché de l’Union soviétique chez le public occidental. On a pitié de ce peuple perdu qui semble avoir vécu 70 ans sans aucun brin de joie dans un pays pauvre et brutal. L’émotion est palpable et à la limite de nous submerger à certains moments.

 
Malgré le très bon jeu de tous les acteurs, malgré le lieu sublime, malgré une bonne esthétique, la mise en scène ne transmet pas le véritable esprit des gens et de l’époque ni pendant le régime soviétique, ni après la chute de l’URSS, ce qui n’est pas tout à fait étonnant, mais sûrement regrettable.

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