Cyrano

Autres théâtres

  • Date A partir du 9 juillet 2019

 

Dans une mise en scène haut en couleur convoquant masques, baroque ou comedia dell’arte, trois comédiennes nous donnent à voir un Cyrano enthousiasmant. Et si Cyrano était une femme ?

 

La compagnie Le Théâtre Les Pieds Nus investit le Funambule théâtre, perché au cœur de Montmartre, avec une adaptation de Cyrano de Bergerac de Rostand éclairée à la bougie. Tout d’abord il y a la gageure de resserrer cette pièce particulièrement longue et imposante autour de trois comédiennes qui jouent ainsi tous les rôles. Chacun des personnages principaux est reconnaissable par un masque : celui de Cyrano a un nez proéminent, Roxane quant à elle a un masque et une longue chevelure bien reconnaissables, puis il y a Christian, de Guiche, la servante.

 

Dans une adaptation tout en économie, le metteur en scène Bastien Ossart fait appel à différents codes théâtraux. Tout d’abord le théâtre baroque qui évoque le XVIIe siècle de Cyrano. L’éclairage à la bougie et la gestuelle baroque servent d’appui aux vers de Rostand lorsque les comédiennes, toujours face public, illustrent leurs propos avec de nombreux gestes des mains. Elles dessinent et donnent à voir ainsi leurs intentions. Mais c’est aussi une adaptation moderne et proche du public. Les comédiennes n’hésitent pas à briser le « quatrième mur » qui sépare la scène de la salle. Dans une adresse directe, elles interpellent et créent une véritable interaction avec le public dans une sorte d’intermède enjoué. Certaines séquences n’hésitent pas à faire appel à des références contemporaines, comme une chanson bien connue du groupe The Police, pour la plus grande hilarité du public ! Les costumes colorés évoquent quant à eux les habits de la cour des rois, avec des influences orientales notamment pour la robe de Roxane.

 

La principale qualité de ce Cyrano, ce sont ses comédiennes. Elles alternent les rôles avec beaucoup de fluidité : un rapide passage en coulisses, l’ajout d’un accessoire sur le costume, le demi-masque pour Cyrano, la perruque de Roxane, suffisent pour que la magie du récit soit préservée. Chaque personnage possède ainsi ses caractéristiques dans l’intonation de la voix, des postures ou par exemple le petit cri répétitif du comte de Guiche ! Ce qui permet d’aller encore plus loin et de prendre le risque de briser l’illusion :  lors d’une tirade célèbre de la pièce la comédienne ôte le masque distinctif de Cyrano, sans pour autant que l’on confonde les personnages. Elle donne ainsi à voir ce que l’on avait presque oublié depuis le début de la pièce – le pari est réussi – le fait que Cyrano est ici une femme !

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