Dévotion

Théâtre de la Cité Internationale

  • Date 27 et 28 juin 2019
  • Texte et mise en scène : Clément Bondu
  • Avec : les élèves de la promotion 2019 de l’ESAD : Salomé Benchimol, Claire Bosse-Platière, Mona Chaïbi, Thomas Christin, Baptiste Fèbvre, Antoine Forconi, Alexandre Hamadouche, Fanny Kervarec, Olivia Mabounga, Angie Mercier, Babissiry Ouattara, Joséphine Palmieri, Tom Pezier, Margot Viala
  • Scénographie Anne-Sophie Grac
  • Collaboration artistique et création costumes : Charles Chauvet
  • Création lumières et régie générale : Nicolas Galland
  • Conseil chorégraphique : Amparo Gonzalez Sola
Esad

Le 27 et 28 juin 2019, l’École Supérieur d’Art Dramatique de Paris (ESAD) propose son spectacle de fin d’année au Théâtre de la Cité Internationale. Les 14 jeunes comédiens et comédiennes interprètent un texte de Clément Bondu, également metteur en scène pour l’occasion. Une longue pièce de 2h30, qui en dépit de beaux moments, s’essouffle à vouloir trop en dire.

 

La pièce s’ouvre sur un prologue : les cheveux longs, le visage rond, une veste militaire de parade sur le dos, on dirait vaguement un clown ou un monsieur loyal. Il parle du théâtre, puis plus largement de la société et de la théorie de l’aquarium : peut-être ou peut-être pas sommes nous dans un aquarium, nous, ces « petits poissons délicats », à qui on jette des bouts de nourriture lyophilisée, autrement dit « de la merde » et nous tournons en rond derrière la vitre. Poétique, politique, jouant avec les conventions théâtrales, nous faisant rire, le prologue commence par séduire, mais finit par s’éterniser. Heureusement, le texte s’en amuse lui-même, de ce prologue trop long qui finit par perdre le spectateur. On se dit alors que c’est un jeu, et que cette impression de longueur passera, mais non.

 

Le rideau qui cachait la scène s’ouvre enfin, pour dévoiler un premier tableau qui se déroule dans une soirée mondaine. Les invités en tenue de soirée lèvent leur verre au poète, qui sera ensuite provoqué en duel par l’anti-poète, s’amusant à psalmodier quelques vers sur les salsifis. Une première critique de la superficialité de l’art dans les cercles huppés donc. L’esthétique lisse convient bien au thème de la scène, mais cette impression de déjà-vu aura du mal à disparaitre par la suite.

 

On passe des hautes sphères aux petites chambres de bonnes et de la modernité aux classiques revisités. A droite, l’Idiot de Dostoïevski, personnage muet mais pour autant le plus touchant de la pièce : homme des villes moyen, il attend tous les soirs qu’une porte s’ouvre pour laisser sortir sa belle qu’il regarde en silence. A gauche, on retrouve H. et Ophélia, jeunes adolescents fous et maudits : H. fait des montages vidéos pour nous rappeler que nous vivons tous dans une prison et Ophélia se laisse aller à sa douce folie.

 

Enfin, on a le Mouvement, qui n’est pas un parti politique, non, mais un mouvement, mené par un cadre jeune et dynamique qui combat la montée des extrémistes populistes et fascistes. Il aurait été dommage de ne pas ajouter à la liste – déjà longue – des thématiques traitées, une critique politique.

 

Voilà, le décor (fort beau par ailleurs) est planté, mais ce n’est pas pour autant que l’histoire commence à faire sens. Chaque saynète se poursuit sur plusieurs tableaux, donnant davantage l’impression de vouloir présenter un CV des élèves de l’ESAD, plutôt qu’une pièce construite et dynamique. Et si les comédiens sont bons on regrette que l’ensemble soit sans âme : la mise en scène est esthétique mais d’une esthétique sage qu’on a l’impression de trouver dans un grand nombre de pièces contemporaines. Pourtant, quelques images se détachent, qu’on aurait voulu voir se développer davantage : la danse grimaçante et saccadée d’une des comédiennes, les vidéos absurdes d’un Hamlet juvénile et rebelle, les costumes traditionnels colorés ou la tirade finale de l’Idiot.

 

Au lieu de vouloir tout dire et tout traiter (Shakespeare, Dostoïevski, Faulkner, l’amour, la mort, la politique, les maux de notre société contemporaine…), Clément Bondu aurait donc gagné à resserrer le texte et la pièce pour nous laisser écouter les beaux passages qui égrènent ces 2h 30 de spectacle.

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