Les évaporés

Théâtre de la Tempête

  • Date Du 05 au 23 juin 2019

Chaque année, près de cent mille personnes s’évaporent au Japon. Un phénomène terrifiant qui prend une ampleur importante. Quelles sont les raisons pour qu’un tel nombre de japonais décident volontairement de s’effacer ? Qui sont les proches attendant leur retour ? Delphine Hecquet, dans sa pièce, évoque cet étonnant et bouleversant phénomène de la péninsule nippone.

Un homme rentre un soir chez lui, il ne répond pas au téléphone et s’écroule, en pleurs sur son sol, puis il se lève, décide de prendre un sac, et lance un dernier regard avant de disparaître en pleine nature sans laisser aucune trace. Il efface sa vie actuelle mais aussi celle des autres. Tel est le premier tableau présenté dans une mise en scène bleutée, séparé du public par la scène et un rideau de verre situé en son milieu.

Pour aborder le phénomène des évaporations, Delphine Hecquet s’empare du sujet en mélangeant divers genres artistiques : la vidéo, le théâtre, la danse. La représentation devient une fiction documentaire afin de présenter les sept protagonistes de ces histoires, à savoir les évaporés ainsi que les proches, prostrés dans une attente étouffante et constante ou bien reclus dans un détachement et une indifférence forcée.

Sur scène, sept acteurs, dont deux évaporés, à ces derniers s'ajoutent un policier intraitable ainsi qu’un journaliste français tentant de comprendre le phénomène et la quête d’une identité sans faille dans un pays où la peur de l’échec n'est pas toléré. Le jeu en langue japonaise (sur-titré) soulève alors des questions qui se trouvent sans réponse et la fuite vers Sanya, le ghetto tokyoïte des évaporés semble être alors la meilleure solution pour ne pas devoir assumer un déshonneur.

La mise en scène de la pièce est très fine, avec une parfaite maîtrise du rythme. Le mur de verre permet de diviser la scène et de pouvoir allier plusieurs tableaux avec des ambiances parfois réelles et parfois à la limite du fantasmagorique, transformant les personnages en sorte de fantômes séparés du monde des vivants. Cependant, la pièce constate les conséquences de l’évaporation, sans aborder directement les ressorts et les causes d’un tel phénomène et d’une société différente et peu connu en Occident, même si l'on pressent qu'il est lié au surgissement d'un déshonneur. Peut-être aussi que ces causes ne sont pas abordées, car inconnues des proches eux-mêmes.

S’évaporer, ce n'est pas disparaître, c’est avant tout devenir un nouveau soi, se métamorphoser pour accompagner un mouvement vers une liberté autre. Posant ainsi la question essentielle de l’identité, Delphine Hecquet offre une représentation subtile autant dans la mise en scène que dans le texte pour nous offrir à travers le théâtre une réalité humaine saisissante.

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