Happy Mâle

Autres théâtres

  • Date 16 mai 2019
  • Texte et mise en scène Eliakim Sénégas-Lajus
  • Avec Myriam Jarmache, Simon Peretti, Eliakim Sénégas-Lajus
HappyMâle

Un création écrite et mise en scène par Eliakim Sénégas-Lajus, Happy Mâle, un spectacle qui renverse, bouleverse et affronte les codes de notre société contemporaine.

 

On est face à un plateau complètement vide, sans décor, sans meuble, sans accessoire. Seul un musicien, à peine perceptible, est placé à droite de la scène. Celle-ci s’emplit de l'énergie et l'harmonie des comédiens qui occupent très vite tout l'espace. Dans Happy Mâle, l'image, voire l'étiquette, qu'on a de la figure masculine est désamorcé; et ce, à travers les témoignages, les différentes mises en situations, chantées, dansées, criées ou jouées par les deux comédiens : une femme (Myriam Jarmache) et un homme (Simon Peretti) qui, sans jamais s'arrêter nous entraînent dans leur élan. Une double interpellation est faite avec le public à la fois dans l'adresse mais aussi par le contact, comme lorsqu'ils nous servent à boire et nous invitent sur scène afin de déguster le buffet, pendant et après leurs performances. On se sent alors impliqué personnellement.

 
C'est en se servant ou en utilisant les clichés et stéréotypes qu'on a sur la figure masculine, comme la force, la virilité, la corpulence physique, la voix grave et par le choix d'un comédien aux cheveux longs, plutôt efféminé, que la remise en cause du genre masculin peut être suggérée. Il est vrai que souvent sur les affiches de films d'action, l'homme en gros plan est représenté dans toute sa virilité tandis que, en arrière plan, se trouve la femme, complètement dénudée, le ventre fin, les jambes à l'air, aRborant souvent un décolletée, une tenue moulante accompagnée d'une arme. C’est aussi le cas dans les jeux vidéos ou encore sur les pictogrammes : l'identité féminine est toujours représenté avec une jupe. Et le fait que dans ce spectacle la femme ne soit pas découverte, qu'elle ne porte ni de jupe ni de robe mais un pantalon est symboliquement marquant. On trouvait une inversion de genres dans certaines mises en situation ; différentes techniques de drague poussées jusqu’à l'absurde; ou lors du changement de personnage, c’est-à-dire un changement de genre, Simon Perreti prenait le rôle d'une femme et Myriam Jamarche jouait un homme.
 
Cela nous conduit vers une réelle remise en question et notamment de cette vision, cette image, cette image unique qui est imposée à l'homme. Il doit s’y conformer et on y adhère sans se poser de questions, sans réaliser l’impact qu’elle peut avoir. Que la norme, le genre, les catégories, les cases, les étiquettes que l'ont porte là-dessus puisse affaiblir, blesser, porter atteinte, c’est ce que le spectacle dénonce en montrant qu'il y a aussi d'autres possibilités, d'autres façons de se comporter en tant qu'homme et qu'elles ne sont pas « inférieures » ou « repoussantes », qu'elles sont juste différentes. D'ailleurs, avec la liberté sexuelle grandissante, de plus en plus d'individus aujourd'hui ne considèrent pas leur appartenance à un genre, mais se disent non-binaire, transgenre, ou bien qui change de genre au cours de leurs vies. Happy Mâle permet vraiment d'avoir un oeil neuf et de réaliser comment interpréter la masculinité. C’est un spectacle très ouvert, qui n’impose pas de norme, ne la dénigre pas non mais mais insiste sur le fait qu’il y a une pluralité de manière d’être un homme.C'est par le biais de l'ironie et de la dérision, poussant les clichés jusqu'au bout que le spectacle permet aux spectateurs de prendre conscience de la normalisation des stéréotypes.
 
Le spectacle souligne beaucoup de choses et ce qui m'a marqué plus que tout c'est ce questionnement : Pourquoi la gente masculine devrait toujours encaisser ? Pourquoi on n'accepte pas qu’un homme ait des faiblesses, qu'il soit mal, qu'il pleure, qu'il ne se contienne plus ? et jusqu'ou 'devrait t-il' se contenir? La sortie de scène est assez intrigante, Simon Peretti prend Myriam Jamarche sur son dos, puis les rôle s'inversent et Myriam Jamarche prend à son tour Simon Peretti sur son dos et sort de scène. Par cette inversion, Eliakim Sénégas-Lajus rend compte d'un message très clair, et symboliquement très fort : Ce n'est pas à l'homme de devoir se montrer fort ou à la femme d'être plus forte que lui, c'est d'accepter que chacun a une force différente que celle imposé par la société. Peut être, serait-ce une force propre à chacun, une force mentale, une force symbolique, une force religieuse, une force amoureuse car la femme comme l'homme sont sensibles et aucun des deux ne devrait se sentir obligé de prendre le dessus sur l'autre. Il me semble que chaque personne n'a pas une place définie, mais plusieurs, (d'ou le non-genre, la non-binarité etc...) et c'est à nous de les accepter.
 
Les deux comédiens étaient sans cesse en corrélation l’un avec l'autre. Ils dégageaient, l'un comme l'autre une prestance. Une performance et un jeu d'une grande puissance dont l'énergie s'arrête jamais, même le spectacle finit !
   

Zoë SAINT-GILLES

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