Une pucelle pour un gorille

FESTIVAL ACTE & FAC

  • Date Théâtre du Centre Paris Anim’ les Halles le Marais Cie
  • Dramaturge Fernando Arrabal
  • Compagnie Ulysse Kaldor
  • Mise en scène Camille Protar
  • Son Axel Rigaud
  • Vidéo Ricardo Cruz Calderon
  • Acteurs Lucie Durand et Camille Melot, Léa Mesnil, Martin Nadal, Jimmy Roure, Vincent Pavageau
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L’Hildegart sacrée

 

Une Pucelle pour un gorille est une pièce Panique(1*) de Fernando Arrabal écrite en 1981. Mise en scène par Camille Protar et interprétée par la compagnie Ulysse Kaldor, la pièce se base sur un fait divers de l’Espagne des années 30.

 

La pièce s’ouvre sur le personnage d’Aurora Rodriguez et son projet d’enfanter le messie féministe par pseudo-parthénogénèse. Son ami Lenica - un marginal à mi-chemin entre le Faune cabotin et la bonne fée affable des contes - la conseille dans sa quête d’un géniteur jetable et prêt à l’emploi. Aurora trouve un marin, qu’elle rejette aussitôt après la conception. Mais sa fille Hildegart, enfant prodige, grandit et ses velléités d’indépendance la mènent fatalement à confronter le narcissisme d’une mère couchant ses propres névroses sur sa pédagogie. Par son engagement politique et son refus de se conformer à la voie tracée pour elle par Aurora, le destin d’Hildegart prend un tour christique.

 

La scénographie prend ici le parti de privilégier une thématique religieuse pagano- chrétienne : au centre d’une structure pyramidale, Aurora se perche sur une boîte. Visiblement enceinte, elle extrait lentement de sous sa robe un long pan de tulle rouge : saisi, le spectateur comprend d’emblée que la mise en scène reposera sur la conceptualisation de symboles ; elle est épurée et les décors minimaux sont modifiés par les acteurs eux-mêmes au fil de pièce, dans une ambiance bon enfant. Ce dépouillement extrême permet aux effets sonores et visuels de peindre un décor en accord avec le texte, entre esthétique du sacré et du profane : des vidéos projettent en fond de scène le procès d’Aurora et l’environnement sonore hétéroclite convoque grondements de tonnerre, chants espagnols, percussions et cantate de Vivaldi(*2). La perméabilité de l’espace scénique rompt ponctuellement la frontière avec l’auditoire et l’invite au coeur-même du spectacle. L’ensemble est porté par la densité et l’élégance d’un texte au registre flexible d'un personnage à l’autre : Hildegart enchaîne avec fluidité les imparfaits du subjonctifs tandis qu’Aurora l’invective, la traite de « poufiasse » et que Lenica file la métaphore grivoise. La parole des acteurs est exprimée avec grâce dans le vulgaire comme le châtié.

 

La mise en scène frise parfois la caricature, mais en évite l’écueil par son humour. Par ce choix-même de la mesure à la démesure, il pourrait lui être reproché de terrer la pièce dans la bienséance. D’aucun y verront au contraire une prudence habile inhibant le risque de voir se réaliser un potentiel égarement conceptuel.

 

La critique socio-culturelle mêle drame et légèreté : Une pucelle pour un gorille touche autant qu’elle interroge par sa récusation d’une pensée totalitaire, hygiéniste et fanatique, à travers le prisme d’un amour maternel démiurgique. Une pièce intelligente et brutale.

 
 

1* En référence au dieu Pan, « anti-mouvement » co-fondé en 1962 par Fernando Arrabal, Alejandro Jodorowski, Abel Ogier, Olivier O. Olivier, Roland Topor, Jacques Sternberg et Christian Zeimert.

 

2* Nisi Dominus, RV 608 ("Cum dederit")

 
  Morgane Rebour

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