Phèdre sans Racine

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  • Date Les jeudis, samedis et dimanches jusqu'au 23 juin 2019

C’est avec curiosité que je me suis rendu à la Folie Théâtre pour assister à Phèdre sans Racine, ou « le râteau le plus mythique de l’histoire du théâtre », une parodie en alexandrins du célèbre drame de Racine. Dans cette comédie écrite et mise en scène par Héléna O’James, Phèdre est une quadragénaire dépressive et alcoolique, Hippolyte un adolescent acnéique en pleine crise, Thésée un boxeur misogyne, Aricie une jeune femme complexée par son poids et Oenone une confidente moderne qui verse dans la psychanalyse. 

J’avais en tête la bouleversante et morbide version de Sarah Kane du drame racinien, l’inverse était-il possible? Une parodie à la fois contemporaine par le fond, et classique par la forme? 

Les premières répliques fusent, la rime est bien tournée, le duo Hippolyte – Théramène fonctionne. Arrive la scène suivante, et l’entrée fracassante de l’excellente Marlène Morro (Phèdre) suivie de Mathilda El Hammoudani (Oenone), mon coup de coeur de ce spectacle. Chaque réplique fait mouche, c’est drôle et rythmé, les deux comédiennes incarnent le texte d’Hélèna O’James avec brio. Je me dis alors que je vais passer une excellente soirée. 

Et puis. Et puis… Arrive l’interminable scène chez Aricie. A défaut de confondre comique de redondances et de répétitions (on comptabilise au moins une douzaine d’allers-retours d’Ismène entre ses apartés avec Hippolyte et ceux avec Aricie), cette scène n’apporte rien à l’action, tout comme le choix du personnage d’Ismène qui à l’inverse de celui de Théramène, complétant bien celui d’Hippolyte, dessert la performance d’une Aricie (Aurélie de Soissan) plutôt convaincante.

Heureusement, Phèdre et Oenone reviennent dès la scène suivante pour notre plus grand plaisir. On se régale à chacune de leurs répliques, même si parfois la qualité du texte est inégale, leur talent respectif fait merveille. Mais le soufflet retombe une nouvelle fois avec l’entrée de Thésée. Non pas par le personnage, un boxeur misogyne, qui apporte une dimension comique supplémentaire, mais par le choix du comédien qui, si ce n’est crier toutes ses répliques, n’apporte pas grand chose. On repense du coup aux imperfections du spectacle, comme le niveau hétérogène du casting, les oublis qui ne font pas très professionnels (le téléphone d’Aricie est éteint lorsqu’elle lit le texto qu’Hippolyte lui a envoyé par exemple). 

La fin arrive, et ce fameux moment dans le théâtre classique où le personnage principal s’adresse au public à travers un monologue voulant témoigner de la bonne foi du spectacle qui nous a été proposé. Phèdre s’avance, et ce moment d’habitude si pontifiant se transforme en un savoureux final qui donne envie de garder en tête la découverte de deux grandes comédiennes, que j’espère revoir vite sur les planches. 

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3 Commentaires

  1. O'James - 17/05/2019

    Cher monsieur Doron,
    Tout d’abord je vous remercie pour cet article qui témoigne aussi bien de votre curiosité que de votre exigence en matière théâtrale.
    Néanmoins votre je vous trouve bien sévère.
    Pour ne rien vous cacher, le troisième paragraphe de votre critique me laisse perplexe. Vous écrivez qu’à « défaut de confondre comique de redondances et de répétitions » la première scène de l’acte II n’apporte rien à l’action. Vous laissant vous-même emporter par une redondance grammaticale qui obscurcit votre propos – je crois que vous vouliez dire « à défaut de distinguer» ou « non contente de confondre »- vous semblez écarter la dimension essentielle de cette scène qui, en tant qu’elle introduit de nouveaux personnages, partage avec la première scène de l’acte I, un caractère d’exposition. Dans cette mesure, on ne saurait parler véritablement « d’action », je vous le concède, mais ce n’était pas le but recherché. Je note en outre que le personnage d’Ismène dans sa niaiserie n’emporte pas votre adhésion. C’est votre droit le plus strict. Néanmoins je ne peux que regretter le choix d’un ton si doctoral pour un avis si subjectif.
    Par ailleurs, vous remettez en cause le choix du comédien interprétant Thésée, un personnage dont vous reconnaissez cependant la pertinence sur le plan humoristique et dramatique. Vous reprochez au comédien de trop crier. Malheureusement, comme la colère très expressive de Thésée relève d’un choix de mise en scène et non de casting, qu’il est donc probable que mon comédien continue de suivre ma direction, et que par malheur il dispose d’une technique impeccable, il est très peu probable qu’une extinction de voix nous délivre bientôt de ses assourdissantes vociférations. Je regrette que votre délicatesse vous ait rendu insensible aux multiples nuances et ruptures dont le comédien agrémente pourtant son interprétation.
    Je ne reviendrai pas sur le détail du potable éteint que vous ne manquez pas de relever, en vous suggérant simplement si l’envie vous prenait de revenir, de vous placer au dernier rang.
    Bien cordialement,
    Héléna O’James

  2. O'James - 17/05/2019

    Bonjour,
    J’ai laissé un commentaire hier qui n’apparaît plus aujourd’hui.
    Puis je en connaitre la raison?
    Cordialement,
    Héléna O’James

    • admin - 23/05/2019

      Bonjour,
      C’est simplement parce qu’il n’avait pas été approuvé. Il est désormais en ligne.
      Cordialement,
      Ondine Marin