Purge, Baby, Purge

Théâtre Nanterre-Amandiers

  • Date Du 13 au 20 avril 2019
  • CONCEPTION ET SCÉNOGRAPHIE Sophie Perez & Xavier Boussiron
  • TEXTE Georges Feydeau Complété par Sophie Perez & Xavier Boussiron
  • AVEC Sophie Lenoir, Stéphane Roger, Gilles Gaston Dreyfus, Marlène Saldana, Tom Pezier
  • COSTUMES Sophie Perez, Corine Petitpierre
  • MUSIQUE Xavier Boussiron
  • LUMIÈRES Fabrice Combier
  • SON Félix Perdreau
  • SCULPTURES Daniel Mestanza
  • RÉALISATION COSTUMES Corine Petitpierre, Anne Tesson
Zerep-Purge-Baby-Purge-Subsistances-©-Ph.-Lebruman-2018_DSC6145

Photo Philippe Lebruman

 

La compagnie du Zerep propose une déconstruction cauchemardesque de l’œuvre du Feydeau tombant, vers la fin, dans une autre forme d’esthétique systématique.

 

Nous nous trouvons face à un petit salon bourgeois au design très kitsch. Jusque-là rien de particulier quant aux nombreuses mises en scènes de On purge bébé de Feydeau qui cherchent à matérialiser l’artificialité des rapports sociaux de cette classe. Le fait que l’ensemble du décor soit concentré sur un seul côté de la scène semble déjà indiquer une volonté de perturber nos attentes dans notre perception du vaudeville. Purge, Baby, Purge met en avant les codes de ce genre sous une forme plastique hypertrophiée afin d’amener le manque de naturel de l’intrigue bien rôdée vers une déformation cauchemardesque et asphyxiante. De nombreux artifices scéniques sont utilisés dans cette ambition de tirer le grotesque vers le malaise. Par exemple des masques font aux personnages d’angoissants yeux globuleux et des lèvres proéminentes qui transforment leurs paroles en de comiques grommellements. La musique sert admirablement cette ambiguïté des sensations à travers l’étrange martellement d’une ambiance rock-noise qui contraste avec le grotesque exagéré du visuel. Ce ressassement épuisant correspond également à l’idée de l’obsession morbide des personnages bourgeois pour les thématiques scatologiques. Un humour métathéâtral naît de cette impression de mécanique du vaudeville tournant à vide. Le rythme des scènes est saturé de pets aléatoires et de bruitages sonores décalés jusqu’à épuiser tout le comique du gag pour tendre vers le malaise provoqué par la mise à nue des ficelles pesantes du vaudeville.

 

Cependant la révélation de la frénésie esthétique du vaudeville dans ses ressassements oppressants des mêmes thématiques tourne lui-même dans le ressassement de codes prévisibles à la fin de la pièce. La déconstruction caricaturale devient, par son aspect jusqu’au-boutiste, attendue dans son actualisation de l’humour trash et de la négation extrême des structures de la représentation théâtrale. La pièce s’inscrit donc elle-même dans un système à force de vouloir déconstruire chaque élément du vaudeville et du théâtre dramatique, allant logiquement jusqu’à énumérer les autres titres envisagées pour la pièce. La volonté grisante de liberté totale qu’engendre le dynamitage du genre abordé s’enferme donc dans des pratiques prévisibles cherchant à tout prix à annihiler la dimension dramatique de leur matériau d’origine, mais perdant de vue cette réflexion politique sur l’épuisement des codes d’un genre théâtral.

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