La Trilogie de la vengeance

Odéon Théâtre de l'Europe

  • Date Du 8 mars au 21 avril 2019
  • Texte et mise en scène Simon Stone
  • D'après John Ford, Thomas Middleton, William Shakespeare
  • Avec Valeria Bruni Tedeschi, Eric Caravaca, Servane Ducorps, Adèle Exarchopoulos, Eye Haïdara, Pauline Lorilland, Nathalie Richard, Alison Valence
  • et la participation de Benjamin Zeitoun
  • Traduction et collaboration artistique Robin Ormond
  • Scénographie Ralph Myers, Alice Babidge
  • Costumes Alice Babidge
  • Lumières James Farncombes
  • Musiques et son Stefan Gregory
Theatre de l'Odeon 2018-19
"la Trilogie de la vengeance"

Texte et mise en scène Simon Stone
Collaboration artistique et traduction française Robin Ormond
Scénographie Alice Babidge, Ralph Myers
Costumes Alice Babidge
Lumières James Farncombe
Musique et son Stefan Gregory
Coiffures et maquillages Estelle Tolstoukine
Assistante aux costumes Géraldine Ingremeau
Assistante Alice Babidge Karen Serreau
Assistante à la mise en scène Lila Kambouchner, Florence Mato
avec
Valeria Bruni Tedeschi,
Éric Caravaca,
Servane Ducorps,
Adèle Exarchopoulos,
Eye Haïdara,
Pauline Lorillard,
Nathalie Richard,
Alison Valence

Un drame familial dans lequel se trame une ode au féminisme. Après Médéa et Trois Sœurs, le metteur en scène australien nous présente La Trilogie de la vengeance, son troisième spectacle sur les planches de l’Odéon.  En trois parties, Simon Stone raconte l’histoire d’un homme profondément malheureux qui cherche désespérément récompense et reconnaissance au sein de son entourage féminin.

 

Souvent critiqué pour l’usage d’un langage familier, le registre de langue choisi par Simon Stone correspond parfaitement à la description du milieu dont issu le personnage principal. Fils d’un policier du Havre, aux convictions chrétiennes affirmées, il rompt le tabou de l’inceste dans une relation intime avec sa sœur qu’il met enceinte lors de leur première et dernière nuit passée dans un hôtel à Paris. En essayant de sauver la situation, il épouse une jeune fille amoureuse de lui. Le jour des noces est un véritable drame pour ce couple maudit dont le spectateur apprend les causes et les conséquences en suivant l’un des trois parcours désignés. Réparti dès le début de la représentation dans trois espaces différents, dans cette représentation de près de 4 heures, le public ne voit en réalité pas exactement le même spectacle et découvre les trois grands chapitres de cette trilogie dans un ordre différent, les rôles n’étant pas distribués de la même manière selon le parcours.

 

Mon parcours a commencé par la scène finale – le meurtre du personnage principal masculin par les femmes qu’il a maltraitées. Avec un sac plastique autour de la tête et des traces du sang sur son corps, assis dans un fauteuil de bureau placé sur un plateau en forme de podium au milieu du public, ce personnage semble se fondre dans le décor. On apprend vite le drame qui s’est noué, mais les mobiles dont parlent les auteurs du meurtre – toutes des femmes - semblent disproportionnés par rapport à la réalité des faits, cela pose la question de la pertinence-même de la vengeance : une relation sexuelle d’une dizaine d’années avec une collègue, une fellation forcée de son autre collègue lesbienne dont la jeune fille décide de diriger le crime, des répliques sexuellement chargées envers une autre collègue. Un passif lourd, certes, mais Simon Stone nous pose des dilemmes éthiques fondamentaux qui questionnent notre rapport à la justice : est-ce que tout agresseur sexuel mérite d’être si sévèrement puni ? Est-ce que les femmes doivent commettre l’irréparable pour soulever une prise du conscience ? Peut-on se venger, et surtout, venger quelqu’un autre ?

 
Ainsi, Simon Stone réussit à mettre en scène une sitcom élisabéthaine en revisitant les œuvres de John Ford, de Thomas Middleton, de William Shakespeare and de Lope de Vega, avec les habits du théâtre de l’absurde. Caractérisée par une filiation mais aussi une rupture avec des œuvres plus classiques, la Trilogie de la vengeance met en lumière notre absence de sang-froid et de cohérence face à la violence et aux humiliations. Bien que le personnage principal soit présenté comme un homme malsain et violent dans ses pulsions comme dans ses actes, ce ne sont pas celles qui en ont été les victimes directes qui se vengent. Son amante de longue date et la fille d’une de ses collègues lui ôtent la vie pour les violences et les injustices qu’il a commises contre sa famille et que sa famille commis à son tour envers lui-même.  Simon Stone veut sans doute mettre en scène une vengeance symbolique de toutes les femmes sur tous les hommes, mais c’est une vengeance tout aussi, ou sinon plus malsaine et dérangeante  encore que le comportement du personnage principal à laquelle nous assistons. Vengeance partout, tout le temps donc, sans début ni la fin et qui se confond de façon pour le moins troublante avec le message féministe.
 
La scénographie se révèle quant à elle étonnamment prodigue et très sophistiquée. Jouée sur trois plateaux en même temps par une troupe de comédiens talentueux, alternant les rôles selon le parcours du spectateur, et évoluant dans un décor extrêmement réaliste, presque cinématographique, la pièce choque le public par son histoire répugnante et malsaine qui fascine autant qu’elle dégoute, qui suscite l’empathie autant qu’elle nous glace. Une pièce riche et forte en émotions, interprétée avec passion et mise en scène avec brio. A voir avec le cœur bien accroché.

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