PIÈCE D’ACTUALITÉ N° 12 : DU SALE !

Théâtre Nanterre-Amandiers

  • Date Du 5 au 7 avril 2019
  • CONCEPTION, MONTAGE ET MISE EN SCÈNE Marion Siéfert
  • CRÉÉ EN COLLABORATION AVEC, ET INTERPRÉTÉ PAR Janice Bieleu et Laetitia Kerfa aka Original Laeti
  • AVEC LES RAPS DE Original Laeti
  • COLLABORATION ARTISTIQUE Matthieu Bareyre
  • LUMIÈRES David Pasquier
  • SON Patrick Jammes
  • COSTUMES Valentine Solé
  • ACCOMPAGNEMENT PHYSIQUE ET SCÉNIQUE Caroline Lionnet
  • STAGIAIRE À LA MISE EN SCÈNE Agnès Claverie
©-Willy-Vainqueur-DSC_4230

Photo Willy Vainqueur, Matthieu Bareyre

 

A travers une habile réflexion sur l’expression spécifique de la culture rap et hip-hop, Marion Siéfert dresse le portrait d’une jeune femme revendiquant le droit à assumer les mêmes penchants sombres et malsains que ses collègues masculins.

 

On a rarement vu le plateau de la grande salle de Nanterre-Amandiers aussi nu. Il assume son ossature de cintres et de flight cases tout comme la comédienne-rappeuse Original Laeti assume qu’il n’est pas normal pour elle de se retrouver sur ce plateau au vu de son parcours. L’épure scénique nous place directement dans cette esthétique du work in progress qui va rythmer la narration de cette pièce d’actualité. Cette dernière fait partie d’un programme de commandes d’écriture du théâtre La Commune d’Aubervilliers à des artistes. La visée est un ancrage territoriale sur comment la population locale inspire leur pratique artistique. Marion Siéfert choisit de faire la part belle aux cultures urbaines du rap et du style de danse popping pour évoquer de façon crue et impactante les penchants violents et malsains de l’Homme souvent défendus aux femmes.

 

Par la biais de ce dispositif, qui met en évidence la spontanéité du matériel documentaire, la construction d’un langage propre au-delà rôles sociaux est mise en avant par la notion d’effort dans leur pratique artistique, par la recherche du « sale », du verbe sombre et impactant, que l’on sublime par le langage. La scène d’introduction est un exemple pertinent de cette progression aussi bien dans l’exécution de son rôle, que dans l’effort pour occuper son espace de vie, afin de permettre à son identité de s’épanouir  à travers le langage créé. En effet, arpentant discrètement le fond de l’immense scène vide, la danseuse Janice Bieleu déploie peu à peu sa danse dans l’espace sur fond sonore de sa respiration saccadée. Celle-ci devient un rythme en soi sur lequel la danseuse pose ses mouvements avec un plaisir assumé. La quête de sa nouvelle identité par l’art permet alors de représenter avec beaucoup de justesse le statut actuel de la rappeuse. Elle réutilise des signes stéréotypés du féminin pour les faire contraster avec le langage coupant, arrogant et fondamentalement « sale » d’un genre musical habituellement très masculinisé. Ainsi, sur le beat du tube Money de la rappeuse Cardi B, Original Laeti acène des phases sur un fantasme de domination inversée, prolongeant sa précédente tirade sur le pouvoir érotique des larmes des hommes. Ce stéréotype masculin de l’agressivité va ensuite être dénoncé de façon tout aussi provocante convoquant la figure de Lady Macbeth. Selon la rappeuse, cette dernière désire avoir l’autre sexe non pour avoir un plus grand pouvoir, mais pour obtenir l’autorisation sociale d’exprimer ses penchants malsains. Ce même « sale » que subliment bien des rappeurs est ici habilement concrétisé dans la reprise d’une chanson du rappeur belge Damso, ne changeant que quelques paroles pour dénoncer le sadisme machiste de certains hommes et ainsi se réapproprier légitimement la violence provocatrice de ces textes pour leur donner une richesse supplémentaire.

 

Du sale ! met donc en évidence la finalité possible que représente l’art dans un parcours, le don de soi offert par ce langage intime et social permettant de trouver son identité, son espace, dans la société.

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