Le Pays Lointain

Odéon Théâtre de l'Europe

  • Date Du 15 mars au 7 avril
  • De Jean-Luc Lagarce
  • Mise en scène Clément Hervieu-Léger
  • Avec Aymeline Alix, Louis Berthélemy, Audrey Bonnet, Clémence Boué, Loïc Corbery, Vincent Dissez, François Nambot, Guillaume Ravoire, Daniel San Pedro, Nada Strancar, Stanley Weber
  • Collaboration artistique Frédérique Plain
  • Musique Pascal Sangla
  • Scénographie Aurélie Maestre
  • Costumes Caroline de Vivaise
  • Lumière Bertrand Couderc
  • Son Jean-Luc Ristord
  • Coiffures / maquillages David Carvalho Nunes
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Au cours de la crise sociale de ces derniers mois en France, de nombreux occupants des ronds-points ont pu témoigner de leur sensation d’avoir ainsi trouvé une « famille ». La solitude et, en contrepoint, les retrouvailles de la famille ou même des familles - de la famille naturelle et de la famille choisie - c’est le sujet principal du Pays lointain de Jean-Luc Lagarce, mis en scène par Clément Hervieu-Léger à la Grande Salle de l’Odéon – Théâtre de l’Europe à Paris.

 

Le Pays lointain est la pièce testamentaire de Jean-Luc Lagarce. Ecrite en 1995 et achevée seulement une semaine avant la mort de l’auteur, elle convoque tous les membres, morts comme vivants, de la famille biologique et de la famille d’élection de Louis, le personnage principal, joué par Loïc Corbery, qui tente de leur annoncer sans y parvenir sa disparition prochaine. En réalité, c’est une réédition de d’une autre pièce de l’auteur, Juste la fin du monde, qui est l’une des plus belles et des plus réussies de toute son œuvre selon Jean-Luc Lagarce, en dépit de l’incompréhension qu’elle a suscitée à l’époque et à laquelle Xavier Dolan a fait récemment honneur par son adaptation au cinéma.

 

Clément Hervieu-Léger propose une nouvelle relecture de la dernière pièce de Lagarce, motivée par la volonté de se réapproprier les années SIDA – que notre génération n’a pas connues – années qui ont en revanche modifié durablement notre rapport au désir, à la sexualité et à l’amour.

 
La simplicité de la scénographie et des costumes permet de mieux souligner la complexité des rapports familiaux et l’impact de l’environnement sur la personnalité de Louis : une vieille voiture bleuâtre des années 1990, roues démontées, un gazon monochrome grisâtre, une lanterne du style industriel, une cabine téléphonique aux verres cassés, devant une palissade de béton qui laisse deviner des bouts du jonc et un ciel d’un bleu presque noir, qui donne une tonalité dramatique à l’ensemble, sans laisser aucun espoir. Sur le plateau, onze personnages des membres de la famille de Louis, ses frères et sœurs, sa mère, ses amours, sa femme. Ils vont et viennent sans totalement disparaître : ils restent sur le haut de la palissade, dans la cabine téléphonique, dans et sur la voiture, sur le gazon, derrière la palissade. Des longs monologues se remplacent par des longs dialogues : beaucoup de texte, encore plus d’émotions et très peu d’actions, la pièce de 4 heures paraît, malgré l’excellent jeu d’acteurs, juste interminable.
 
Le spectacle se clôt par l’évocation d’un souvenir de Louis : un moment de solitude, une nuit, sur un pont « à égale distance du ciel et de la terre ». Il se rappelle un cri qu’il aurait dû pousser et qu’il ne pousse pas, et dont il gardera le regret : un cri de désespoir ? – non, un cri de joie !  La palissade s’ouvre, Louis continue à marcher en enlèvent tous ses vêtements, une marque de sa vie passée : ainsi, il se dépouille des stigmates de son existence tourmentée et passe vers un autre monde où il sera un homme renouvelé, débarrassé des pesanteurs liées à son passé. On voit bien chaque détail du beau corps entièrement nu de Loïc Corbery qui s’éloigne dans la nuit, en laissant chez le spectateur un arrière-goût de gêne et de malaise malgré la liberté reconquise.

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