Evel Knievel contre Macbeth

Théâtre Nanterre-Amandiers

  • Date Du 29 mars au 7 avril 2019
  • TEXTE, ESPACE SCÉNIQUE ET MISE EN SCÈNE Rodrigo García
  • AVEC Núria Lloansi, Inge Van Bruystegem, Gabriel Ferreira Caldas
  • ASSISTANT À LA MISE EN SCÈNE Pierre-Alexandre Dupont
  • SCÉNOGRAPHIE LUMINEUSE Sylvie Mélis
  • FILM BRÉSILIEN – RÉALISATION David Rodriguez Muñiz
  • VIDÉO Eva Papamargariti, Ramón Diago, Daniel Romero
  • COSTUMES Marie Delphin, Eva Papamargariti
  • SON Daniel Romero, Serge Monségu
  • DESIGN GRAPHIQUE Arturo Iturbe
  • DIRECTION TECHNIQUE Roberto Cafaggini
  • TECHNICIEN SON Vincent Le Meur
  • TECHNICIEN PLATEAU Cédric Bossu
  • CHARGÉE DE PRODUCTION Sarah Reis
EvelKnievel6

Photo Alexandre Dupont, Marc Guinot

 

Rodrigo Garcia embarque le spectateur dans un collage psychédélique de références faisant la part belle à une utilisation graphique et poétique du langage.

 

Le spectacle s’ouvre sur un monologue exclusivement incarné sur scène par des images de synthèse projetées sur l’écran vertical servant de toile de fond. La ballade de la voix-off, déguisée en monstre géant au milieu des gratte ciels et de publicités, instaure directement l’univers coloré et surabondant de références de la pièce, qui dialogue avec l’étrangeté créative d’un texte qui brasse et confronte un ensemble hétéroclite de références, des plus classiques aux plus pop. Cet habile collage structuré se présente sous des apparences volontairement brouillonnes pour souligner la vivacité ludique de cette peinture de références. Ce patchwork est donc symbolisé ici par les images numériques, qui créent une synthèse de ces références culturelles devenues objets de consommation dans nos sociétés afin de retrouver leur étrangeté artistique d’origine en les ancrant dans l’illusion d’un cadre quotidien.

 

Les contrastes comiques générés par les rencontres entre les entités culturelles, comme le combat éponyme dont nous ne verrons qu’un bref face-à-face grotesque et absurde, permettent alors de questionner l’aspect politique qu’ont ces représentations d’une culture, d’une image de l’Homme, dans nos vies. L’art du montage est donc très fortement utilisé dans ce but et bien souvent avec une ironie astucieuse. Cela se manifeste par le choix de montrer les accidents d’Evel Knievel, le prétendu sauveur de notre intrigue, comme ces « exploits ». Cette volonté de montrer la face cachée en décomposition de mythes culturels de notre société se retrouve dans la construction du rapport entre Evel Knievel et Orson Welles déguisé en Macbeth.  Ce dernier est effectivement affaibli par la dualité de son identité, dont la toxicité est représentée par la manipulation d’un extrait du film du réalisateur avec un accent porté sur l’étrangeté de l’ambiance sonore. Evel Knievel intervient alors pour faussement triompher sur son adversaire déjà rongé par la perte frénétique de son individualité dans notre ère de consommation culturelle uniformisée.

 

Ce collage met particulièrement en avant l’aspect graphique voir chorégraphique de ce texte riche en images, qui propose une approche singulière de la matière textuelle sur scène. L’énumération introspective d’un voyage d’une des performeuses est ainsi transformée en une rythmique hypnotique par la superposition de chaque lettre de ses phrases sur la précédente. Elle crée ainsi une étrange chorégraphie littéraire et abstraite qui amène la froideur de l’énumération vers une transe visuelle. Les sous-titres sont, par ailleurs, astucieusement intégrés dans des planches en forme de bulles de bande dessinée, dans le même ton déluré et ludique que l’ensemble du spectacle.

 

Cette suite de tableaux psychédéliques connaît son paroxysme lors de la scène finale, un court-métrage reprenant les codes de films de genre hollywoodiens tout en réintégrant tous les éléments du monologue mais cette fois-ci dans un cadre faussement réaliste par l’aspect quasi-documentaire généré par la sobriété des moyens vidéo. Dans ce spectacle protéiforme et inventif, Rodrigo Garcia confronte donc en un même geste des références culturelles populaire et classique de la même façon atypique, afin de nous questionner sur notre rapport sensoriel à ces dernières et en remettant en valeur leur étrangeté originelle.

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