Built To Last

Théâtre Nanterre-Amandiers

  • Date Du 20 au 24 mars 2019

Photo Eva Würdinger, Chris Van der Burght et Julian Röder

 

Meg Stuart propose une expérimentation corporelle radicale autour de la dynamique cosmique à travers une danse déconstruite interrogeant l’extase de l’humain pour les mécaniques éternelles de l’univers vers lesquelles il tend.

 

Un immense mobile surplombe le plateau quasiment nu, à l’exception d’une maquette de squelette de dinosaure. Celle-ci sera rapidement démontée par les cinq danseurs lors d’une scène d’ouverture radicale caractérisée par l’éparpillement et la déconstruction des corps énergiques des performeurs. Une première pause advient soudain pour que l’un des artistes justifie, avec un air gêné, le précédent chaos orchestré par leur soin. Son intervention se caractérise surtout par des citations de grands compositeurs à propos du rôle de la musique dans notre société. Ces rares prises de paroles, au milieu des aventureuses compositions de grands compositeurs avant-gardistes comme Stockhausen ou Schönberg, permettent d’annoncer la thématique centrale de la musique. Elles établissent la valeur de la musique dans la constitution quasi-mystique d’un groupe social, tout en mettant en évidence l’aspect expérimental du spectacle par un comique distancé.

 

Les recherches esthétiques de ce groupe de performeurs visent alors notamment à relier la chorégraphie microscopique des mouvements humains avec le ballet stellaire. Les danseurs suivent la dynamique rythmique de la musique mais exécutent chacun des mouvements différents qui sont influencés par leur rencontre éventuelle. La cohésion de ce groupe se forme donc à partir des dynamiques d’éléments isolés et apparemment autonomes. Ce système fonctionne sur le modèle d’un ensemble cellulaire, telles des planètes en mouvement, comme le souligne le mobile. Des tentatives d’approches avec le mobile sont également faites dans cette même optique de correspondance entre les échelles. Un des performeurs effectue ainsi sa partition saccadée au plus près des sphères du mobile en pleine rotation.

 

Le spectacle surprend encore une fois dans son final poussant la transe saccadée de la performance corporelle maitrisée dans sa sensation de fragilité. La dynamique de cette scène de réveil après les précédents tableaux oniriques se révèle être plus lente. Elle incarne progressivement l’extase douloureux de l’arrivée croissante du jour, arrachant les humains à leur contact avec le cosmos mais les amenant à une autre type de transe, ici diurne.

 

A travers son original système de correspondances physiques entre l’humain et le cosmos, Built to last met donc en avant le corps comme un monument en perpétuelle construction et déconstruction, à l’image du squelette de dinosaure reconstruit sur scène sous une forme inhabituelle et inédite. La musique sert de lien cosmique permanent pour structurer ces corps dans une même dynamique et ainsi générer le groupe social, fondement de nos éphémères sociétés humaines.

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