Pourama Pourama

Nouveau Théâtre de Montreuil

  • Date Du 8 au 17 mars 2019 dans le cadre du temps fort « Croiser les regards »
  • Texte, conception et avec Gurshad Shaheman
  • Création sonore, enregistrement et mixage Lucien Gaudion
  • Création lumières et régie générale Aline Jobert
  • Scénographie Mathieu Lorry-Dupuy
  • Conception et régie vidéo Jérémie Meysen
  • D’après les dessins originaux de Yasmine Blum
  • Assistant mise en scène (pour Trade Me) Anne-Sophie Popon
  • Regard dramaturgique Youness Anzane
  • Assistant scénographie et fabrication décor Julien Archieri
  • Assistante scénographie Ava Rastegar
  • Régie plateau et périssable Amar Ghaddar
Pourama-Pourama-3

© Anne-Sophie-Popon

 

 

Dans Pourama Pourama, Gurshad Shaheman développe un rapport novateur et pertinent au public dans la construction de son récit autofictionnel dans les deux premiers dispositifs de sa trilogie avant de maladroitement couper cette chaleureuse connexion dans la dernière partie.

 

Le public est invité à s’emparer de masques et à s’installer sur les coussins éparpillés sur le plateau de la salle Jean-Pierre Vernant du Nouveau Théâtre de Montreuil. C’est dans ce dispositif resserré et immersif que Gurshad Shaheman nous convie à écouter son récit autofictionnel, découpé en une trilogie retraçant son rapport à l’intime corporel dans autant de dispositifs symbolisant son rapport à l’autre.

 

La première partie nommée Touch Me présente un concept radical et novateur dans le partage d’un récit oral avec son public. Après une introduction à l’histoire de son enfance iranienne dans une faible lumière feutrée, Gurshad Shaheman se place au centre d’un des murs de la salle tandis qu’un écran nous indique qu’il faut entretenir un contact physique prolongé auprès du performeur-metteur en scène pour que la narration continue. Les spectateurs se succèdent donc pour offrir des moments d’affection ou simplement proposer leur présence auprès de Gurshad Shaheman. Ce dernier expérimente un statut de spectateur de sa propre histoire et partage donc au public l’acceptation du refoulement de l’intimité brimée par son père. L’importance du public dans la création d’un récit est ainsi superbement mise en valeur par cette mobilisation originale du corps du spectateur dans un spectacle donnant a priori une forte dominance à l’oralité.

 

La construction de sa trilogie se caractérise alors particulièrement par une progression dans son expérience de l’intime. Celle-ci contraste avec la sensation de distance qu’il instaure avec le public et rentre ainsi en adéquation avec son enfermement dans des relations affectives et sexuelles incomplètes et insatisfaisantes. Gurshad Shaheman s’isole donc de plus en plus en coupant ce rapport si particulier et puissamment simple qu’il partageait avec son public grâce à ses ingénieux dispositifs. Le repas partagé avec ce dernier lors de la deuxième partie sert par exemple de prolongement à ce partage sensoriel de son récit à travers une approche très personnelle et sociologique du rôle symbolique de la nourriture, tout en prolongeant son univers familial à travers une évocation incarnée de sa mère.

 

Cependant la dernière partie, Trade Me, rompt brutalement avec cette évocation sensorielle de son univers familial par l’isolement quasi-totale de l’artiste dans une boîte entouré de rideaux permettant des effets lumineux d’opacité où les spectateurs incarnent les clients spectraux de son ancienne vie de gigolo. Dans ce dispositif le public est appelé à le rejoindre par un tirage au sort, chaque personne ayant reçu un numéro à l’entrée en salle de ce troisième espace. Les personnes choisies servent alors de simples témoins au catalogue d’instants marquants passés entre le narrateur et ses clients. La différence d’expérience entre l’intérieur et l’extérieur devient si minime que certaines personnes appelées n’ont préférées ne pas se rendre dans cette espace de chambre reconstituée. Cette étrange sensation de froideur fait directement écho au cheminement du narrateur dans le partage de son intimité. Elle coupe complètement avec le registre sensible précédemment développé de façon astucieuse. Par conséquent elle interrompt la progression dans l’approche des différentes facettes de l’intime dans une autofiction marquée jusqu’alors par sa culture familiale.

 

Malgré des problèmes de cohérence de parti-pris entre les segments de la trilogie, Pourama Pourama expérimente un nouveau rapport à l’expérience sensible de la narration, à travers des dispositifs pertinents invitant le spectateur à faire corps avec le récit.

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