La fabrique des instants précieux : L’aventure du Théâtre de la Tête Noire

Athénée Théâtre Louis-Jouvet

  • Date
9782916834771

La fabrique des instants précieux : L’aventure du Théâtre de la Tête Noire est un livre écrit par Patrice Douchet qui est à la fois metteur en scène et directeur artistique du théâtre de la Tête Noire qu’il fonde en 1985. C’est une scène conventionnée pour les écritures contemporaines à Saran (Orléans) dans le Loiret. Son directeur nous livre ses réflexions, des textes écrits pendant une dizaine d’années, rassemblés ici pour nous livrer une vision du théâtre, partisane, esthétique, politique, pédagogique.

 

Il ne revendique aucunement son auctorialité et pourtant, on décèle chez lui une plume affûtée et affinée au long de son parcours théâtral, restée dans l’ombre jusqu’alors. La sienne est limpide, pas le moins du monde mélancolique ou utopique, mais tournée vers l’avenir, guidée par un goût pour l’art théâtral et littéraire qui ne faiblit pas malgré les embûches.

 

La dimension didactique se manifeste sans démagogie comme l’indique le titre de la première partie « Non, notre théâtre n’est pas fait pour tout le monde… Pas pour tout le monde, mais pour chacun. ». Patrice Douchet est très attaché à la transmission d’où ce livre, et le travail qu’il mène auprès des lycéens et la lettre qu’il leur destine.

 

La place des auteurs est très importante : ainsi il créé un comité de lecture, un festival, des rencontres, des lectures, un laboratoire d’écriture, un cycle de commande de pièces, ainsi qu’une bibliothèque de pièces d’auteurs contemporains. Il conçoit ce livre en huit parties, dans lesquelles il traverse - comme le petit poucet avec les bottes des sept lieues – le monde théâtral. Il brosse un paysage très varié allant de réflexions personnelles, à des hommages à des auteurs disparus, sans compter une obsession pour Marguerite Duras qui surgit tout au long des chapitres, des lettres échangées, des extraits de carnet de bord. Il se prête à l’exercice de l’entretien, aborde plusieurs points de vue : esthétique, historique, politique. Il dresse la liste de ses espoirs, il livre au lecteur ses goûts et ses désirs esthétiques sans oublier la réalité économique. En tant que directeur artistique de la Tête noire, il ne véhicule pas une vision utopique du théâtre.

 
Les artistes sont là pour planter des questions et c’est aux politiques d’y répondre. L’artiste interroge le citoyen que je suis, tout en restant dans un espace non partisan : la posture qui ne serait que délibérément militante se révélerait vite anti créative. Notre mission consiste à éveiller le sens critique. Ici, commence le premier acte de résistance : participer à l’éducation du refus, dire non à la chose imposée par des évidences mercantiles. Oser le Nom du non ! Et donner du sens à ses refus. Les journaux, la télé, les parents vous disent que le monde est comme ça. Regardez ailleurs, tournez la tête, vous verrez que les failles existent.[1]  
 

Il parle de ses rencontres avec des auteurs, de Claudine Galéa à Fabrique Melquiot, en passant par Emmanuel Darley, ou des metteurs en scène tels que John Fosse, Claude Régy. C’est un livre vivant, vivant comme le théâtre. Ses écrits rassemblés s’étalent sur une dizaine d’années sans que son humour et son ambition ne faiblissent. La fabrique des instants précieux peut se lire comme un petit théâtre en miniature, comme la métaphore du théâtre en lui-même. C’est un livre enthousiasmant qui nous fait entrer dans les coulisses et donnerait peut-être goût au théâtre à ceux qui l’auraient perdu ou jamais eu.

 

Des fabriques d’instant précieux

Il faut juste essayer d’être là, au présent, centré sur soi-même mais jamais coupé des autres. Et ces présents réunis sont des machines à explorer le temps, des fabriques d’instants précieux, le même visage passe de la vieille dame à la jeune fille, une cheville devient ardente, et un costume blanc porte toute la noirceur d’une brûlure. Avec rien ou plutôt avec tout : vous les acteurs. Il y aurait bien sûr à dire sur ces corps qui parlent plus ou mieux certains moments que d’autres et que chacun perçoit exactement, ces fameux instants volatiles où tout arrive en vrac, larmes, émotions, justesse, première fois, ouverture, légèreté, fantaisie, invention et les voix et les gestes qui vont avec.[2]   [1] P.30 [2] pp. 92-93.
 

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1 Commentaire

  1. Patrice Douchet - 02/04/2019

    Merci pour votre article qui me touche .
    Ce livre de petits textes est fait pour parler à toutes celles et tous ceux pour qui le théâtre est un espace où se vivent encore quelques belles envies de partage.