Ruine

Le Monfort

  • Date du 13 au 23 mars 2019
  • Écriture - mise en place - actions : Erwan Ha Kyoon Larcher
  • Voix : Erwan Ha Kyoon Larcher
  • Musique - son : Tout Est Beau / Erwan Ha Kyoon Larcher
  • Régie générale / son : Enzo Bodo
  • Création lumière : Vera Martins,
  • Costume pyrotechnie : Ann Williams
  • Artificière : Marianne Le Duc
  • Espace scénographique : Ji Min Park et Erwan Ha Kyoon Larcher
ruine

“Vous allez voir le portrait d’un homme qui déteste le monde parce qu’il l’aime”. Ruine, “opéra en solitaire”, dresse trace par trace le portrait d’Erwan Ha Kyoon Larcher et de ses multiples talents, mais propose aussi plus largement une réflexion poétique sur l’être et son devenir.

 

Le plateau de Ruine est surprenant : une machine à fumée, une grosse carapace de tortue, une motte de terre, des boites d’oeufs disposées un peu partout, des parpaings, des flèches, une sorte de gibet en métal et en bois, un espace pour faire de la musique. Si on se demande d’abord ce qu’Erwan Ha Kyoon Larcher va bien pouvoir faire avec tout ça, la suite ne nous décevra pas.

 

Chaque objet présent sur scène devient une façon de s’éprouver, de se questionner, de recommencer pour être meilleur, pour toucher un peu plus chaque fois le coeur de la cible. Erwan Ha Kyoon Larcher commence littéralement par l’épreuve du feu : après avoir allumé une sorte de bougie étincelle, c’est lui-même qui s’immole pendant qu’il tient un équilibre. Tenir l’équilibre sur des parpaings, des oeufs, ou des planches de bois instables : c’est justement cela un des enjeux du spectacle. Toujours au bord de la chute, il faut pourtant apprendre à tomber pour se reconstruire. Pour cela, l’artiste continue d’explorer méthodiquement chaque facette de son identité pour les remettre en branle, comme ses origines asiatiques et les clichés qui lui sont liés ou son nom “Larcher”, qu’il illustre parfaitement par sa maîtrise du tir à l’arc.

 

Les moments de performances inspirés du cirque alternent avec des pauses musicales, liées à son projet de musique pour homme orchestre ToutEstBeau, mais aussi des touches d’humour. Ainsi, ses actions périlleuses sont souvent ponctuées d’un “oh merde” inattendu et drôle. De même, la sonorisation de la plante verte qui déclare “j’ai soif !” prête à sourire. Enfin, le spectacle est également rythmé par une sorte de voix électronique émergeant de la carapace de tortue et qui énonce des injonctions à chaque flèche tirée : “recommence”, “encore”…, comme une sorte de sensei qui guiderait son disciple vers la bonne voie et qui rappelle le Yi-King, ou Livre des mutations, un texte chinois ancestral dont le fonctionnement est ludique et divinatoire. 

Loufoque, intense, poétique, drôle, la performance d’Erwan Ha Kyoon Larcher déconcerte et séduit. Pendant une heure, l’artiste investit l’espace qu’il malaxe, transforme, salit pour finalement laisser un plateau en ruine, mais construire à partir de ces débris une expérience bien plus pérenne.

 

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