Anna Karénine

Théâtre de la Contrescarpe

  • Date Jusqu'au mardi 26 mars 2019

Et si Anna Karénine aimait une femme ? Le cours de cette histoire d’amour dévastatrice en serait-il modifié ? Réponse dans cette adaptation du roman de Léon Tolstoï, où l’homosexualité compose avec les interrogations et les errances d’une femme en symbole de la liberté.


Dans le texte initial, Anna Karénine est belle, jeune, romantique. Elle épouse sans véritablement l’aimer Alexis Karénine. Cependant l’ennui l’étouffe. Elle tombe amoureuse de Vronski, un officier brillant. Elle portera son enfant avant d’être ravagée par cette passion et se jettera sous un train. Comment actualiser cette histoire, approfondir la question sur le rôle de la femme, ses obligations et son émancipation ? La metteure en scène Laëtitia Gonzalbes propose une réponse : Vronski devient Varinka, incarnée par Maroussia Henrich et prend alors la place de l’amant. Elle fait vaciller le peu de certitudes d'une Anna Karénine, interprétée par Lisa Laffont, son petit monde enchanté se fissurant peu à peu.


Le propos est soutenu par une figure, présente dès l’entrée dans la salle, interprétée par Samuel Debure. A la fois, maître du destin, de la fatalité et de la mort, il vogue vers les personnages, interagit, prend part dans les décisions. Cependant, à cause de la diversité des rôles, nous ne savons plus quelle est la véritable position du personnage.
Tous les personnages vivotent dans une mise en scène qui se veut résolument moderne reflète pourtant une impression de déjà-vu : les chorégraphies des scènes de danse font furieusement penser à celles de la création originale de Canal + Versailles, le mimétisme allant jusqu'à la composition des bandes sons.

Les quatre comédiens déversent avec sensibilité et force le propos exprimé dans cette adaptation. Or, la volonté de vouloir répondre avec modernité et analogie au rôle que doit tenir en tant que femme Anna Karénine semble s’être contenu à un regard simplifié. Notamment avec le jeu entre les deux femmes quelque peu stéréotypé.
Anna dégage une extrême féminité, à l'inverse de sa maîtresse Varinka, qui campe sur des positions dites masculines, si bien dans les poses que dans le ton. N’aurait-il pas fallu approfondir la relation entre les deux femmes en allant au-delà du genre, en donnant à chacune un rôle féminin demandé par la société, contre lequel elles souhaitent toutes deux se libérer ?
Le mari quant à lui, joué par David Olivier Fischer, semble trop nonchalant face aux aveux et découvertes de sa femme, malgré ses accusations à l'égard de celle-ci, faisant plus penser à un Charles Bovary pour qui le spectateur nourrirait une empathie naturelle. Tout autant que l'homosexualité s'ajoute à l'adultère.

Malgré une vision bien trop « genrée » de la relation entre les deux femmes, le propos tenu dans l’œuvre originale prend une portée hautement actuelle dans cette adaptation et nous réveille alors le souhait incontrôlable et même naturel de vouloir : être libre.

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