Oncle Vania fait les trois huit

Théâtre de Belleville

  • Date Du 6 au 31 mars 2019
  • Texte Jacques Hadjaje
  • Mise en scène et scénographie Anne Didon et Jacques Hadjaje
  • Avec Ariane Bassery, Isabelle Brochard, Sébastien Desjours, Anne Dolan, Delphine Lequenne, Laurent Morteau et Jacques Hadjaje en alternance avec Pierre Hiessler
  • Lumière Pierre Peyronnet
  • Costumes Delphine Lebon
  • Administration Fabienne Marilleau
  • Production Compagnie des Camerluches
  • Diffusion Emmanuelle Dandrel
  • Photographie Laurent Morteau
ONCLE VANIA FAIT LES TROIS HUIT (c) Laurent Morteau

Jacques Hadjaje, tour à tour auteur, co-metteur en scène et hilarant Estevan/Vania nous livre une belle utopie, celle d’une crise ouvrière où le théâtre joue un vrai rôle de ciment social. Une « malle-monde-salle de répétition » d’après Anne Didon.

 

 

Le plateau est presque nu, délimité par un rideau de fond de scène constitué de bandes plastiques peintes à la chaux. Lorsque la lumière surgit sur scène, tout le monde est déjà autour de la table, chacun avec son texte en main. Nous sommes dans le club de théâtre de l’usine de robinetterie Dieuleveut, dans le Limousin. Les comédiens amateurs ferraillent sur Oncle Vania de Tchekhov. Estevan, qui lit le rôle de Vania, interrompt la lecture et s’interroge sur le sens de la didascalie « boum » lorsqu’un pistolet est dégainé. Avec beaucoup de fraîcheur et d’humour, c’est une belle mise en abyme du travail à la table, de la compréhension du texte et de ses sens cachés.

 

 

Mais si de beaux extraits de la pièce de Tcheckhov jaillissent comme par magie ici ou là, c’est davantage ce groupe de sept comédiens ouvriers qui nous intéresse ici. Ils sont d’abord six autour de la table : le couple Estevan et Colette forme le noyau dur ; Camille joue les jeunes premières toujours prête à boire un petit coup pour se redonner du courage face à la dureté du travail ; Jeanne est cadre au sein de l’entreprise et est toujours prête à négocier ; Jeff est un idéaliste, ramené à la réalité lorsqu’il s’agit d’élever son fils ; Pierre est un prêtre ouvrier et il est aussi un peu le metteur en scène de la compagnie ; Clara enfin est la petite nouvelle, fraîchement arrivée dans l’entreprise et qui s’ouvre peu à peu aux autres et prend une vraie place dans l’équipe.

 

 

La crise ouvrière atteint de plein fouet le club théâtre de l’usine et le projet de monter Oncle Vania devient tout d’un coup beaucoup plus dur. Un plan social et de nombreux licenciements sont annoncés. Des tensions surgissent au sein du groupe, entre ceux qui souhaitent négocier et ceux qui souhaitent bloquer l’usine. Rongé par l’inquiétude, Estevan ne parvient pas à apprendre par cœur le rôle de Vania et laisse éclater sa colère devant les contraintes et les difficultés à mener à bien sa vie de famille et le travail éreintant : Oncle Vania fait les trois huit.

 

 

Tchekhov figurait déjà la fin d’un monde dans sa pièce. Ce n’est pas autre chose que nous livre Jacques Hadjaje dans cette crise de l’usine, avec une entreprise qui nous rappelle les Lip et leurs luttes ouvrières emblématiques. Accompagné par une équipe de comédiens généreux, il donne à voir un monde ouvrier courageux et résilient. On ne peut qu’être amoureux du théâtre, avec eux.

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