Notre parole

Théâtre de la Cité Internationale

  • Date Jusqu'au 2 mars 2019
  • Auteur Valère Novarina
  • Adaptation et mise en scène Cédric Orain
  • Scénographie et vidéo Pierre Nouvel
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Les médias sont omniprésents dans notre société. Seraient-ils devenus la nouvelle religion dont l’humain ne peut se passer? Valère Novarina met ses mots au service d’une critique de ce nouveau culte international.

 
 

Tout débute en 1988 via un article publié dans Libération et nommé « Notre Parole ». L’intrépide auteur, jongleur de mots et utopiste de l’expression,Valère Novarina, parle de la confiscation du langage par les médias lors de la première guerre du Golfe. « Toute vraie parole consiste, non à délivrer un message, mais d’abord à se délivrer soi-même en parlant. Celui qui parle ne s’exprime pas, il renaît ». Avec son style inimitable et insaisissable, il dresse un réquisitoire caustique à l’attention des médias omniprésents et menteurs. Grands débiteurs d’absurdités, ils déversent sans cesse un flot de données souvent faussées, trafiquées, manipulées… Valère Novarina dénonce donc l’image que les médias donnent de la parole.

 
 

Huit ans après l’adaptation de « Sortir du corps » Cédric Orain revient avec « La Parole ». ll choisit de rassembler l’article avec certains extraits de « Lumières de corps », « L’Origine rouge », « La Chair de l’homme » de Valère Novarina. Il crée une mise scène épurée pour mettre en avant la figure christique des médias :  trois panneaux numériques qui s’ouvrent et se déplacent face au public tel un retable des temps modernes. Le culte se fait en honorant ces dieux omniprésents qui cachent la vérité. Alors pour redonner du sens à la parole, il faut à la fois l’illustrer dans un flot dense de données où le sens disparaît comme avec la masse d’informations données par le journal télévisé. Et il faut son contraire, le silence pour apprécier plus tard le sens des choses. Le chant et la danse permettent alors de redonner de la force au langage, qui est à la fois une arme et un réconfort : « Les médias nous mentent, non par ce qu’ils disent, mais par l’image du langage qu’ils nous donnent. Parler n’est pas communiquer ».

 
 

La pièce est une performance poétique, physique et psychique que nous servent trois talentueux comédiens. Olav Benestvedt délaisse son pantalon très coloré et sa chemise pour une tenue plus légère. Il devient au fur et à mesure un Christ avec sa couronne de fleurs. Il accompagne de sa voix cristalline les pérégrinations verbales et énergiques de Céline Milliat Baumgartner et Rodolphe Poulain. Ce duo très complice s’approprie avec précision le texte sans oublier des moments de respirations pour se réapproprier l’ensemble si complexe et riche à la fois. Jamais ils ne se perdent, se trompent ou trébuchent dans les aléas verbaux. L’écriture est rythme : « Les bêtes aussi communiquent bien : elles font ça parfaitement sans parler. Parler c’est tout autre chose que d’avoir à se transmettre des humeurs, ou déverser des idées ; parler n’est pas la transmission de quelque chose qui puisse parler de l’un à l’autre : parler est une respiration et un jeu. Parler nie les mots. Parler est un drame. »


Un spectacle étonnant qui nous guide sur des chemins improbables où la verve est reine. Le tout porté par des artistes investis qui montrent que le théâtre est le lieu de tous les possibles. « Si un acteur monte sur scène, ce n’est rien que pour offrir à l’espace sa disparition ».

 

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