La ville

Théâtre de Vanves

  • Date Du 20 au 21 février 2019

Pièce sobre et à la fois pleine de finesse, La ville nous entraîne à travers les errances d’un couple, ses épreuves et ses rencontres, tout en tissant des réflexions plus larges sur le travail, la guerre ou la création.

 

La ville, c’est d’abord ses problématiques : celles du travail, du chômage, du couple, des enfants qui crient dans le jardin et qui empêchent Jenny, la voisine, de dormir pendant la journée, alors qu’elle travaille toute la nuit comme infirmière. C’est aussi la ville qui doit être “pulvérisée” par la guerre secrète, guerre à laquelle son mari médecin participe, guerre qui doit détruire les gens qui se raccrochent à la vie – la pire espèce qu’il soit. La ville, enfin, c’est la ville intérieure de chacun, une ville pleine de personnages et d’histoires, une source infinie d’écriture, pourvue qu’elle ne se tarisse pas.

 

Clair est traductrice, Christopher travaille dans le genre de métier où il faut porter un costume. Un jour, elle rencontre un écrivain, Mohammed, dont la fille en jean rose sera comme le fil rouge de l’histoire. Un jour, lui perd son emploi, suite à une restructuration. Dans une mise en scène sobre, sur un plateau nu où seuls les changements de costumes et les noirs viennent rythmer le passage du temps, on peut voir ce couple évoluer, s’éprouver au fil des saisons.

 

On ne peut qu’admirer chez Martin Crimp, l’auteur de la pièce, la subtilité et la finesse de ses dialogues, soulignées par l’ingénieuse mise en scène de Yordan Goldwaser et le jeu très juste de Sofia Teillet et Barthélémy Meridjen. Clair et Christopher ne se déchirent pas, mais c’est dans les trous de silence, dans les décalages, les postures crispées, les infimes fuites vers l’avant ou l’arrière que l’on sent émaner la triste érosion de leur amour. Les personnages ne s’écoutent plus ou à peine, leur parole tourne en rond : “Je te l’ai déjà raconté ça. Pourquoi tu me dis de continuer alors ?”

 

Comme un contrepoint coloré, Jeanne Lepers, alias Jenny, apporte alors une grande fraîcheur dans cette ambiance tendue. Personnage insolite, elle nous fait rire par sa folie comique et son comportement absurde, même si son discours n’est pas toujours aussi rose que son pantalon.

 

Emouvante, prenante, drôle et mélancolique, La ville est un beau moment de théâtre, qui nous interroge moins sur la ville que sur la vie elle-même.  

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