Cléopâtre in love

Nouveau Théâtre de Montreuil

  • Date Du 30 janvier au 22 février 2019
  • Avec Judith Henry, Christophe Fiat
  • Voix off Nicolas Bouchaud
  • Texte et musique Christophe Fiat
  • Mise en scène Judith Henry, CHristophe Fiat, Claire Ingrid Cottanceau
  • Création lumière Stéphanie Daniel
  • Régisseur son pour la création Raphaël Barani
  • Photographies Jean-Louis Fernandez
  • Dispositives d'époque Roger Cahoreau-Gallier
  • Construction des tables Maxime Mavilla
  • Régie générale Ronan Cahoreau Gallier
  • Régie lumière Alain Larue
Cleopatre3_Montreuil_©-Jean-Louis-Fernandez039_@loeildoliv

La vie d’une chef d‘Etat qui passionne des générations de femmes et d’hommes, un hommage à une reine emblématique de l’Egypte du premier siècle avant J.C., un hommage au sex-symbol des années 60, Elizabeth Taylor, un hommage aux femmes qui ont su prendre leur destin en main et, donc, à toute la philosophie féministe, qui est l’objet du projet théâtral de Christophe Fiat et Judith Henry, présenté au Nouveau théâtre de Montreuil – CDN au cours des mois de janvier et février 2019.

Cléopâtre s’est très vite imposée comme une légende de son propre vivant. Reine d’Egypte entre les années 51 et 30 avant J.C., elle était à la fois la compagne de César et de Marc Antoine. Sa mort tragique et l’inhumation dans un lieu imprécis enrobent d’encore plus de mystère ce personnage mi-historique, mi-légendaire qui en a fait l’une des femmes les plus célèbres de l’Antiquité. Cléopâtre réssucite au XXe siècle sur grand écran dans le film hollywoodien de Joseph Mankiewicz. Un film au budget record et très long, il doit notamment sa notoriété aux 65 robes que porta Elizabeth Taylor, une pour chaque scène, et pour la relation qu’elle entretint par la suite avec son partenaire, Richard Burton, (qui incarnait Marc Antoine). Dans Cléopâtre in Love, Judith Henry réalise ainsi la prouesse de faire revivre les deux femmes sur scène, sans les incarner entièrement et sans même non plus totalement les représenter.

La performance commence avec l’annonce au microphone d’un archéologue, représenté par Christophe Fiat, assis au fond du plateau derrière son bureau. Plongé dans la pénombre, il vient de retrouver le tombeau de Cléopâtre, dont l’accès est rendu difficile parce que protégé par des ondes électro-magnétiques. Il recite à la hâte un texte long et dense. C’est alors qu’apparaît le personnage de Cléopâtre pour lui venir en aide. Une apparition spectaculaire, une personnalité dont l’excentricité saute aux yeux, magnifiée par une bâche dorée qui la recouvre de la tête aux pieds. Une fois enlevée, la ressemblance physique entre la comédienne et les deux femmes-prototypes saute aux yeux : belle et petite à la fois, elle a la même coupe de cheveux noire avec un immense frange tombant sur les yeux. Elle endosse une robe stretch minimaliste de couleur rose dorée en faisant allusion à la couleur symbolisant l’immortalité et la divinité à l’ancien Egypte. La tenue couvre les bras et les genoux de Judith Henry qui porte également un jean noir par-dessous et des chaussures noires à talons ce qui lui permet de bouger librement sur le plateau toute en restant digne et modeste. Elle danse, elle crie, elle gesticule. Toujours en restant digne et humble.

Les paroles et les mouvements de Cléopâtre sont ne sont pas assez mis en avant, malgré la volonté de la comédienne de chercher à s’associer au mieux aux personnages féminins forts et libres dans leur corps et dans leur esprit. Les efforts cherchant à représenter l’imprévisibilité et la puissance féminine rendent le personnage plutôt attachant et aimable mais ils reflètent aussi, par inadvertance, la fragilité de la femme dans notre société patriarchale et antiféministe qu’ils suggèrent l’autorité. L’ensemble donne l’impression de suivre une blogueuse Instagram qui souligne l’esthétique à l’excès , surjoue les émotions feintes, et prétend être l’influenceuse du siècle sans en avoir l’originalité ni la créativité. Cette impression se renforce encore par des clichés de la comédienne pris au Louvre au département de l’ancienne Egypte, avec des poses léchées et bien choisies, projetées sur un voile mi-transparent joliment tombant sur le plateau. Tout au long de la performance, il n’y a aucun détail qui pourrait détruire l’harmonie visuelle. On quitte la salle avec un sentiment partagé : tout est esthétiquement riche et émotionnellement pauvre à la fois. Quel dommage !

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