A vue

Théâtre de la Tempête

  • Date Du 12 au 23 février 2019

Dans A vue, Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna tentent de déconstruire aux yeux des spectateurs les identités et les genres, à travers la danse et le théâtre.

 

Brigitte Seth et Roser Montló Guberna ont une longue histoire en commun, soit depuis 1997, lorsqu’elles ont créé leur compagnie Toujours après minuit. Depuis leur premier spectacle, El como quieres, leur recherche repose sur la dissociation et le mélange de plusieurs éléments. Ainsi, avec A vue, elles ont décidé d’interroger l’identité et le genre, deux notions ô combien changeantes, complexes et ambiguës qu’il convient de malaxer, déformer et déconstruire. Pour cela, elles se sont associées au comédien et danseur Sylvain Dufour et à l’auteur Jean Luc A. d’Asciano, dans un spectacle aussi mouvant et insaisissable que le sujet traité.

 

La pièce s’ouvre in medias res sur un dialogue entre un patron, incarné par Roser Montló Guberna et un employé, joué par Brigitte Seth. Dans la salle d’attente, Sylvain Dufour habillé en femme, attend. Le patron explique alors à l’employé comment recevoir les faibles, les autres, ceux qui ont honte de leur corps, comment les maltraiter, comment les humilier. Puis, les autres tableaux, de danse ou de théâtre, s’enchainent, sans véritable lien narratif, mais plutôt au gré des transformations physiques, des évolutions des corps.

 

On apprécie l’esthétique qui se dégage de la pièce. Déjà, les corps sont des corps que nous n’avons pas l’habitude de voir : des corps de femmes âgés, secs ou bien en chair. Le visage angélique de Sylvain Dufour sur des vêtements de femme ou sur un corps d’homme musclé chaussé de talons crée également une image singulière. Le faux ventre du patron, le sein qui se dégage du costume d’homme de l’employé, les visages grimaçants et les métamorphoses constantes sous un jeu de lumières soigné constituent une atmosphère décalée et mystérieuse, qui rappelle la série Twin Peaks de David Lynch ou le Shining de Stanley Kubrick, notamment lorsque Brigitte Seth et Sylvain Dufour se transforment en jumelles angoissantes.

 

Toutefois, malgré la beauté de certains tableaux (on pense par exemple au moment où Sylvain Dufour et Roser Montló Guberna partagent une même robe, créant par cette fusion un jeu de forme et de déformation), le rythme n’arrive pas à emporter le spectateur. Peut-être qu’il y a justement trop de tableaux, trop différents des uns des autres. De plus, la musique presque omniprésente semble parfois cacher un certain vide. On aimerait au contraire entendre davantage la poésie du texte, qui permet d’éclairer différemment le propos, pas toujours compréhensible sans le programme pour expliciter la démarche. On regrette donc de ne pas adhérer totalement à cette création, qui pourtant recèle de nombreuses qualités.  

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