Kyoto forever 2

Le Monfort

  • Date Du 12 au 23 février 2019
  • Ecriture et mise en scène : Frédéric Ferrer
  • Avec : Behi Djanati Atai, Karina Beuthe Orr, Chrysogone Diangouaya, Guarani Feitosa, Frédéric Ferrer, Max Hayter, Charlotte Marquardt, Délia Roubtsova, Haini Wang
  • lumières, construction, accessoires et régie générale : Olivier Crochet
  • Création son : Pascal Bricard
  • Dispositif vidéo : Pascal Bricard et José-Miguel Carmona
  • Costumes : Anne Buguet
  • Assistantes : Claire Gras et Clarice Boyriven
kyoto forever 2

Quoi de plus essentiel aujourd’hui qu’une pièce qui interpelle sur l’urgence climatique ? Quoi de plus essentiel qu’une pièce pour questionner les instances internationales et leur façon de traiter le réchauffement climatique ? C’est à cette problématique des plus actuelles que s’attaque Frédéric Ferrer avec sa pièce Kyoto Forever 2.


Maurice, novembre 2022. Doivent se tenir pendant une semaine les réunions préliminaires à la COP22  qui aura lieu à Shanghai. C’est dans cette ville symbolique, car menacée par la montée des eaux que l’ONU devra décider du sort de l’humanité. A la table des négociations, 7 pays : la Chine, la Russie, l’Union européenne, les Etats-Unis, le Brésil, l’Iran, membre de l’OPEP(1), et le Congo. Ils doivent se mettre d’accord sur les différents engagements qu’ils présenteront à la COP, malgré leurs intérêts divergents.

Outre la musique qui accompagne l’entrée des représentants diplomatiques, le début de la pièce reprend beaucoup les codes des vraies conférences de l’ONU. Le discours d’introduction est d’ailleurs un discours réel, remanié pour les besoins de la pièce. De même, l’expression des différents comédiens dans leur langue natale et la traduction par une interprète au début de la pièce ajoute un effet de réalisme criant. Heureusement, pour des raisons pratiques – les représentants diplomatiques parlant inopinément tous le français – le reste du spectacle se déroule dans la langue de Molière.


C’est d’ailleurs au moment où la langue change que la fiction commence à prendre le pas sur le réel, même si dans la réalité, ces réunions sont elles-mêmes très théâtralisées. Ainsi, les discours de remerciement de chaque Etat membre, la vacuité de certaines interventions qui font tourner le langage à vide ou les débats autour d’une virgule ou d’un crochet nous font rire par leur absurdité, mais quelque peu pleurer lorsque l’on sait que cette “usine de la lenteur” existe bel et bien.


Les moments comiques rythment néanmoins le spectacle, tels que la maladresse d’Hélène, la représentante américaine qui éparpille tous ses papiers, ou encore lorsque le diplomate brésilien tombe de sa chaise suite à un effet musical un peu trop appuyé. Le décor aide lui aussi à créer des effets burlesques : la table des négociations étant inclinée, elle facilite la chute d’objets divers. On apprécie également les “suspensions de séance”, pendant lesquelles Frédéric Ferrer, auteur et metteur en scène, vient nous donner quelques éléments de contexte parfois complètement décalés. Ainsi, pour expliquer l’expression “couper la poire en deux”, il dérive sur toutes les variétés de poire, dont la poire “conférence”.


Toutefois, l’humour n’empêche pas la pièce de soulever de vraies réflexions. En outre, lors de ses interventions, le metteur en scène nous rappelle aussi toutes les différentes COP qui ont eu lieu et les échecs qui s’en sont suivis. Ainsi, le processus contraignant définit après Kyoto en 1997 n’a eu aucun résultat, et les engagements pris lors de l’accord de Paris en 2001 n’ont pas été tenus en grande partie, ce qui n’a pas permis d’endiguer la montée des températures. De plus, lors de la pièce, les intérêts de chaque pays sont exposés, invitant le spectateur à changer de point de vue pour comprendre les enjeux de chacun, mais soulignant également à quel point il est difficile de s’entendre à la table des négociations.

Ni optimiste, ni pessimiste, Frédéric Ferrer voulait juste monter une pièce “lucide” et nous rappeler l’urgence d’agir.

 (1) OPEP : Organization of Petroleum Exporting Countries, soit les pays exportateurs de pétrole

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