Heptaméron – Récits de la chambre obscure

Théâtre des Bouffes du Nord

  • Date Du 1er au 23 février 2019
  • D’après L’Heptaméron de Marguerite de Navarre
  • Et la musique de Claudio Monteverdi, Luca Marenzio, Benedetto Pallavicino, Carlo Gesualdo, Michelangelo Rossi et Biagio Marini
  • Mise en scène Benjamin Lazar
  • Direction musicale Geoffroy Jourdain
  • Scénographie Adeline Caron
  • Costumes Adeline Caron et Julia Brochier
  • Lumières Maël Iger
  • Maquillages et coiffures Mathilde Benmoussa
  • Images Joseph Paris
  • Assistant mise en scène et dramaturge Tristan Rothhut
  • Avec Fanny Blondeau, Geoffrey Carey, Malo de La Tullaye
  • Et Les Cris de Paris :
  • Baryton-basse Virgile Ancely
  • Mezzo-soprano Anne-Lou Bissières
  • Ténor Stéphen Collardelle
  • Soprano Marie Picaut
  • Contre-ténor William Shelton
  • Soprano Luanda Siqueira
  • Soprano Michiko Takahashi
  • Ténor Ryan Veillet
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PHOTO SIMON GOSSELIN

 

Benjamin Lazar propose une intrigante adaptation de l’œuvre de Marguerite de Navarre en mettant en relation l’étrangeté d’expériences amoureuses quotidiennes avec la poésie baroque de morceaux choisis de L’Heptaméron.

 

Le plateau est déconstruit, presque nu, devant une grande bâche en plastique qui occupe tout le fond de scène de ce théâtre des bouffes du Nord assumant les fractures du temps de son architecture. C’est précisément dans cet esprit de rencontre entre l’étrangeté de notre quotidien contemporain et la poésie immuable des thématiques baroques de l’ouvrage que Benjamin Lazar a choisi d’orienter son adaptation de L’Heptaméron, recueil fleuve et inachevé de récits choraux de la Renaissance.

 

Pour mettre en lumière la choralité de ces échanges d’histoires d’amour déchu embrassant bien souvent la mort comme finalité, le metteur en scène a fait appel aux Cris de Paris, ensemble de chanteurs lyriques interprétant les différents personnages. Ils forment également un chœur de spectateurs attentifs aux intrigues et font les transitions entre ces dernières par des chants baroques en canon, constituant alors l’aspect universel de la mélancolie exprimée dans les récits. La musique sert donc ici de centre de réunion pour ce collectif de chanteurs et comédiens-narrateurs, hétéroclite par l’affirmation des langues maternelles de chaque praticien. L’expression musicale lyrique devient donc le moyen de communication commun et de transmission pour le passage sensible de l’écriture baroque vers notre époque actuelle.

 

Une autre méthode de friction entre la sensibilité contemporaine du spectateur et la poésie baroque du texte est adoptée. Elle permet de créer un contraste entre la trivialité d’un personnage extérieur provenant du public et le romanesque extraordinaire de la matière littéraire chantée. Le personnage d’un anglais sert donc de regard extérieur créant des parallèles entre les histoires de Marguerite de Navarre et des récits personnels plus contemporains pour souligner la beauté tragique immuable des thématiques baroques d’amour et de mort. Ainsi la demande, d’une noble à son prétendant, de sept ans d’attente avant le mariage est complétée lors de la scène suivante par la prise de conscience du sadisme amoureux de sa compagne par notre narrateur moderne. La présence de ce visiteur montre alors l’actualité de la dualité entre l’amour et la souffrance des récits baroques, dont la pureté des sentiments est toujours capable d’émouvoir malgré les différences langagières.

 

Même si ces propositions fertiles de confrontation des époques restent trop peu développées pour insuffler un dynamisme suffisant à un déroulement un peu répétitif, l’espace épuré de la mise en scène de Benjamin Lazar parvient à créer une atmosphère intimiste s’associant et contrastant astucieusement avec la poésie du langage. L’économie d’effets est au service de la pureté des émotions absolues représentées, les quelques jeux de cadres et de trappes allant toujours dans cet esprit de peinture scénique humaine et minimaliste.

 

Cette adaptation de Benjamin Lazar présente donc de nombreuses propositions stimulantes d’écho entre les mondes contemporain et baroque dans un esprit de simplicité poétique et lyrique, même si certains procédés narratifs et effets scéniques restent encore trop peu développées pour permettre de dynamiser pleinement la rencontre entre ces deux univers.

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