La vie des bord(e)s

Editions Théâtrales

  • Date de publication : 2018
  • Auteure : Sandrine Roche
Sandrine Roche

On pourrait être surpris en ouvrant l’ouvrage de Sandrine Roche de ne trouver aucune scène de théâtre à proprement parler. En effet, on y découvre des carnets de voyage et une histoire contée parsemée de brèches. Mais le dialogisme est peut-être ailleurs, et Sandrine Roche semble créer une véritable dramaturgie de la langue.

 

… il arrive que l’on écrive sur un sujet dans le savoir. Que la plume glisse sur la feuille pour former un ensemble de signes qui, même si nous ne les comprenons dans toute leur singularité et leur assemblage, n’en cachent pas moins une réalité plus complexe, souterraine, moins évidente, que seul le temps permet de révéler entièrement” avertit l’auteur en préambule. C’est bien l’effet que produit La Vie des bord(e)s de Sandrine Roche. Sous une apparente simplicité, la dramaturge cultive en réalité des sujets bien plus complexes, tels que les relations de pouvoir, le rapport entre nature et culture ou la question de la traduction.

 

“L’histoire contée du royaume de Saxi / vent” commence comme tous les contes par “Il était une fois, il y a longtemps, très longtemps…”, mais ces formules rituelles sont immédiatement traduites en plusieurs langues (anglais, allemand, espagnol, italien), comme si diverses voix se faisaient entendre, comme si, sur le terreau de l’histoire, poussaient différentes fleurs de langage : car, cela est bien connu, le féminin de mot, c’est “motte”, “un tas. Prêt à accueillir la vie”.

 

“L’histoire contée du royaume de Saxi / vent” raconte l’histoire d’un roi qui habite tout en haut d’un royaume de pierres passant ses journées à écouter ses sujets, et l’histoire de ses sujets passant leurs journées à essayer de monter vers le roi pour lui raconter leurs doléances. Mais les plus pauvres étant tout en bas, le roi écoute surtout les plus riches, qui sont les premiers à lui rendre visite. Au fur et à mesure du récit, le conte est troué de brèches, qui laissent échapper un bout de réel, comme une mauvaise herbe qui envahirait l’imaginaire. Ainsi, on peut lire des anecdotes sur le sultanat d’Oman qui construit des cascades artificielles dans le désert, sur un jardin hasardeux à Roubaix ou sur les migrants de Calais.

 

Un jour, au royaume de Saxi, une femme découvre dans la décharge une fleur violette, avec quatre grands sépales verts. Elle l’offre au roi. C’est à partir de ce moment là que tout se dérègle : le rituel de la montée et de la descente des sujets, le pouvoir du roi et même la traduction, qui devient de plus en plus éloignée du texte, créant par ce décalage un véritable effet comique : car, c’est bien connu, “traduction = trahison”.

 

Ainsi, par cet ouvrage, Sandrine Roche nous emmène dans son univers poétique et minéral (Saxi signifiant “rocher”, “pierre”, “cailloux”) et nous amène de façon détournée à questionner le monde vivant qui nous entoure.

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