Mon Coeur

Théâtre Paris-Villette

  • Date jusqu'au 2 février 2019
  • Texte et mise en scène Pauline Bureau
  • Avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rébecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia, Marie Nicolle, Anthony Roullier et Catherine Vinatier
  • Dramaturgie Benoîte Bureau
  • Scénographie Emmanuelle Roy
  • Composition musicale et sonore Vincent Hulot
  • Lumières Bruno Brinas
  • Costumes et accessoires Alice Touvet
  • Collaboration artistique et chorégraphique Cécile Zanibelli
  • Vidéos Gaëtan Besnard
  • Perruques Catherine Saint Sever
  • Direction technique Marc Labourguigne
  • Régie video Christophe Touche
  • Régie lumière Xavier Hulot
  • Régie TPV Muriel Habrard
  • Développement et diffusion Olivia Peressetchensky
  • Administration Christelle Krief
  • assistée de Paul Lacour-Lebouvier
  • Presse ZEF Isabelle Muraour
  • Crédits photos Pierre Grosbois
  • Le texte de Mon Cœur est publié aux Editions Actes Sud-Papiers.
MON COEUR

texte et mise en scene Pauline Bureau

avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rebecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia,  Marie Nicolle, Anthony Roullier, Catherine Vinatier

dramaturgie Benoite Bureau
composition musicale et sonore Vincent Hulot
scenographie Emmanuelle Roy
costumes et accessoires Alice Touvet
lumieres Bruno Brinas 
videos et images Gaetan Besnard 
collaboration artistique Cecile Zanibelli 
regie generale Thomas Coux 
regie video Christophe Touche
regie plateau Guillem Picq 
developpement et diffusion Olivia Peressetchensky 
administration Christelle Krief 
presse Isabelle Muraour

l'auteure remercie Irene Frachon, lanceuse d'alerte et auteure de Mediator 150 mg Combien de morts, pour la confiance et le temps qu'elle lui a accordes

Mon Coeur prend à bras le corps un scandale sanitaire qui a défrayé la chronique. C’est un spectacle politique qui tire sur la longueur en se voulant trop exhaustif : dénoncer la corruption qui gangrène le système de santé, mettre en avant une héroïne moderne en lanceur d’alerte, ou encore faire le récit d’une vie brisée,  archétype de la victime dans cette affaire.

 

 

L’affaire du Mediator est sans doute l’un des plus grands scandales de santé publique que la France a connu ces dernières années. Pauline Bureau s’empare ici de faits réels : ce médicament antidiabétique dérivé de l’amphétamine est prescrit par des médecins généralistes comme coupe-faim. Le laboratoire pharmaceutique Servier déjoue tous les contrôles de santé et inonde le marché avec ce produit minceur miracle. Malgré les alertes de spécialistes et alors qu’il est progressivement interdit dans les autres pays européens, le Mediator continue d’empoisonner les Français pendant de longues années.

 

 

Au centre du scandale se trouve une lanceuse d’alerte, la pneumologue Irène Frachon. C’est en analysant et en disséquant les cœurs de patients décédés qu’elle établit l’effet nocif du Mediator sur la santé : il détruit de manière irréversible les valves du cœur, poussant des personnes jeunes et en bonne santé à subir des opérations à cœur ouvert. Toujours drapée de sa blouse blanche de médecin, elle s’épuise à expliquer aux commissions sanitaires le danger que représente la commercialisation du Mediator. Elle se bat contre des moulins à vent : lors de ces commissions elle se présente seule face au public, sur un pupitre ou en exposant un power point – qui ne manque pas d’instruire le public sur les effets réels de cette véritable drogue – tandis que les experts ne sont représentés que par des voix-off parfois méprisantes, toujours masculines. On la découvre aussi dans une émission radio pour parler de son livre, moment central dans la diffusion au grand public du scandale : Mediator 150 mg, combien de morts. Interrogée par une Laure Adler au débit aussi lent et caricatural que possible, le studio de France Inter est représenté derrière un voile qui nous met à distance. Irène Frachon rencontre enfin le personnage central de notre récit, Claire Tabard, victime du Mediator. Toujours à fleur de peau et infatigable, elle mène son combat sans pour autant tomber dans le pathos :

 

«  Je n’abandonne pas un malade. Jamais. Même quand c’est foutu. Surtout si c’est foutu. On a une responsabilité quand on ment à quelqu’un. On a aussi une responsabilité quand on lui dit la vérité. J’assume. »

 

 

Claire Tabard surgit à nous dans le cabinet de son médecin traitant. Elevant seule son enfant et travaillant comme vendeuse de lingerie, elle explique ne pas parvenir à perdre les kilos en trop qui ne sont pas partis après sa grossesse. C’est le plus simplement du monde que son médecin traitant lui prescrit du Mediator. Elle ne le sait pas encore, mais la vie de Claire va basculer. Dans une scène un peu plus loin dans le récit, on la voit préparer son petit garçon pour l’école. Elle boit son thé, qui lui sert pour avaler un comprimé de Mediator. Elle se sent subitement mal et doit s’allonger au lieu d’aller travailler. C’est sa sœur qui la prévient de l’ « affaire » Mediator : elle écoute la radio chez son tatoueur en évoquant son mariage qui se prépare quand elle tombe sur l’interview d’Irène Frachon. Les deux scènes se jouent en simultané, le salon du tatoueur au rez-de-chaussée tandis que l’émission est à l’étage, sur un plateau en deux niveaux. C’est une belle trouvaille scénographique, qui ne suffit pourtant pas à estomper le manque de rythme de la pièce où s’accumulent les noirs et les scènes courtes.

 

 

Le spectacle s’emballe enfin lorsque l’on arrive au combat judiciaire mené par Claire Tabard, déjà très affaiblie et sans emploi. Une longue procédure s’engage alors, véritable parcours du combattant enduré avec dignité et ce malgré les souffrances. Le propos s’éparpille parfois dans des traits d’humour qui visent, sans mauvais jeu de mots, à faire passer la pilule : pourquoi représenter l’instance judiciaire avec autant de simagrées, une juge visiblement dépassée par les événements et des jurés vieux comme Mathusalem ?

 

 

On peut ainsi regretter cette volonté de montrer de façon trop saccadée toutes les étapes de l’affaire du Mediator depuis le business des laboratoires pharmaceutiques jusqu’au salon de Claire Tabard, en passant par le bloc opératoire ou le procès contre Servier. Cela n’enlève rien de la nécessité de porter de tels faits de société sur les scènes de théâtre. La France du Mediator, photoreportage de Marc Dantan, est visible à l’entrée de la salle. Il révèle à quel point les personnes qui se voyaient prescrire du Mediator étaient des gens modestes, pour la plupart des femmes.

 

 

Vous trouverez également une critique dithyrambique de Mon Cœur écrite par Swann et Catherine lors de sa création, à lire ici.

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