LEONCE ET LENA

Théâtre Nanterre-Amandiers

  • Date Du 17 au 20 janvier 2019
  • Mise en scène Thom Luz
  • Texte Georg Büchner
  • Direction musicale Mathias Weibel
  • Costumes et lumières Tina Bleuler
  • Technicien lumières Tobias Voegelin
  • Vidéo Cedric Spindler
  • Dramaturgie Katrin Michaels
  • Son Andi Döbely et Ralf Holtmann
  • Assistant à la mise en scène Benjamin Truong
  • Traduction française surtitres Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil
  • Avec Carina Braunschmidt, Annalisa Derossi, Elias Eilinghoff, Martin Hug, Daniele Pintaudi, Lisa Stiegler
PHOTO SANDRA THEN

PHOTO SANDRA THEN

 

Thom Luz fait du texte de Büchner la mélodie de sa rythmique théâtrale singulière et onirique, proposant des variations poétiques autour du sentiment de décalage des deux amoureux princiers.

 

Une chute de rideau comme ouverture de la pièce. C’est ainsi que Thom Luz nous invite dans son étrange univers musical, ici au service de la mise en écho de la langue incandescente de Georg Büchner et d’une découverte oisive et ludique du monde en dehors du monde princier protocolaire. Thom Luz joue effectivement sur la perte de repères du spectateur au commencement de la pièce en déstructurant les statuts des personnages. Il transmet par conséquent d’un point de vue sensoriel et visuel le sentiment de décalage des héros éponymes. Ce sentiment est par exemple figuré dans une scène où un des acteurs est au piano en donnant des indications de pas de danse que l’acteur de Léonce a du mal à comprendre et effectuer, préférant s’intéresser « oisivement » à certains étranges objets sonores du grand hall blanc. Ce dispositif scénographique permet également d’accentuer spatialement ce sentiment de décalage, notamment à travers la distance entre les différents pianos et donc le temps à effectuer pour passer de l’un à l’autre.

 

La thématique de l’harmonie retrouvée mystérieusement malgré la distance, ressort narratif central de la pièce de Büchner, se retrouve alors incarné avec une grande sensibilité par des mécanismes dramaturgiques principalement musicaux. Le paroxysme de cette esthétique musicale au service de la poésie de Büchner se situe dans la scène de rencontre nocturne du couple éponyme. D’abord le couple est séparé à des coins opposés du hall et accompagné dans leurs monologues successivement par l’un des deux pianos, leur discours trouve ensuite écho dans celui de l’autre et ils se rejoignent au centre de la pièce aussi progressivement que la délicate hausse de lumière. Les deux pianos jouent alors en harmonie dans ce dialogue amoureux accompli sur l’appel à la découverte d’une nouvelle vision du monde.

 

La simplicité des rencontres esthétiques est également une des forces de la pièce pour figurer cette redécouverte d’une étrange harmonie. Une boîte à rythme, d’abord source d’inquiétude et de fascination pour des personnages plus habitués au son du piano, est ainsi associée au piano lors de la scène finale afin de montrer que la complémentarité entre les deux rythmes était présente inconsciemment depuis le début, comme dans le cas des deux amants. Les touches humoristiques de certaines de ces associations scéniques, telle l’assimilation du piano à un jukebox, permet de créer un excellent contrepoint à l’apriori que peut entrainer ce genre de dispositif épuré un peu austère et participe pleinement à la thématique du décalage en y ajoutant une tonalité supplémentaire.

 

L’étrangeté de l’univers personnel de Thom Luz permet donc de souligner la dimension mythique et intemporelle des thématiques de Léonce et Léna, à travers un jeu musical de variations scéniques participant à une gradation dans l’onirisme des images scéniques et aboutit à une adaptation audacieuse et ludique du classique de Georg Büchner.

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