Quand on est touché

Théâtre El Duende

  • Date Du 10 janvier au 11 janvier 2019
  • Compagnie : Totem Récidive
  • De : Thomas BOUYOU et Laurie SOULABAILLE (librement inspiré du «Ravissement de Lol V. Stein» de Marguerite Duras)
  • Mise en scène : Christine TZERKEZOS-GUÉRIN
  • Avec : Thomas BOUYOU Emilie CRUBEZY Charles DUNNET Valerie MARTI Loris REYNAERT
  • Lumières et scénographie : Orazio TROTTA
  • Création sonore Thomas GUÉRIN ET Timothée LANGLOIS
Quand on est touché

//FESTIVAL TRAITS D’UNION//

Qu’y a-t-il de si mystérieux derrière la figure de Lol V. Stein, l’héroïne qui donne son nom à un des romans les plus célèbres de Marguerite Duras ? Qu’y a-t-il de si mystérieux derrière la figure de cette femme rejetée puis aimée pour créer une discussion passionnée entre la romancière et le psychanalyste Jacques Lacan ?  

 

Pour le narrateur du roman de Duras, Lol V. Stein, la femme qu’il aime, est une énigme. D’elle il ne sait rien ou pas grand-chose ; il connaît surtout la scène du bal à T. Beach où une femme, Anne Marie Stretter lui a dérobé son fiancé, Michael Richardson. Dès lors, il doit inventer sa vie, la vie inconnue de son aimée pour mieux se lier à elle.

 

C’est de cette inconnue X (ou ici V) que part la pièce Quand on est touché, de ce vide que jaillit la parole : celle de l’écrivaine, Marguerite Duras, et celle du psychanalyste, Jacques Lacan, qui, en 1965, a écrit un hommage à Lol V. Stein. Ces deux figures sont dès lors incarnées sur scène par la talentueuse comédienne Emilie Crubezy et le brillant Thomas Bouyou. Spectateurs du roman qui se joue dans la deuxième partie du plateau, ils commentent, s’interrogent, sur le texte, mais aussi sur leurs propres désirs, leur propre identité en tant qu’autrice ou psychanalyste. C’est un parti pris intéressant, qui peut donner une nouvelle dimension au texte. Toutefois, le postulat de départ s’adresse peut-être à un public un peu trop spécialiste. En effet, si Laurie Soulabaille, l’auteure de la pièce, déclare vouloir ses personnages “de chair, de jeunesse et de vie, non pas de théorie”, on a parfois du mal à comprendre leurs discours, et on pressent souvent une référence qui nous échappe. Certes, l’intellectualisme est mis à distance par le dynamisme des comédiens et les réflexions très drôles du Jacques Lacan, mais  on perd parfois un peu le fil des réflexions.

 

En pointillé, comme une vie que l’on essayerait de reconstituer, se jouent des extraits du roman, de la vie de Lol V. Stein. La scène du bal, bien sûr, est rejouée, l’absence de Lol après cet événement traumatique, sa rencontre avec Jacques Hold, ses retrouvailles avec son amie d’enfance Tatiana Karl… On peut saluer ici des idées de mise en scène particulièrement réussies et des personnages brillamment portés par les comédiens et comédiennes Valérie Marti, Loris Reynaert et Charles Dunnet. Les scènes dansées, et notamment la scène d’amour entre Tatiana Karl et Jacques Hold, ou encore le cri sans son de Lola Stein créent une émotion sensible. Par ailleurs, les chaussures rouges d’Anne-Marie Stretter laissées sur la table rappellent avec finesse l’ombre de l’événement traumatique, encore et toujours là. Ainsi, on a presque envie d’en voir plus, de mettre un peu de côté les discussions entre Duras et Lacan pour assister à davantage de jeu. Mais c’est peut-être là que la frustration du spectateur rejoint celle du lecteur : il n’en saura jamais plus sur Lol V. Stein.

 

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