Samo, Tribute to Basquiat

Théâtre de la Tempête

  • Date Du 11 janvier au 2 février 2019
  • Mise en scène : Laëtitia Guédon
  • Avec : Yohann Pisiou, Willy Pierre-Joseph, Eriq Ebouaney et Nicolas Baudino
  • Musique : Blade MC/AliMBaye et Nicolas Baudino
  • Chorégraphie : Willy Pierre-Joseph
  • Lumières : David Pasquier
  • son : Géraldine Dudouet
  • scénographie : Emmanuel Mazé
  • vidéo : Benoît Lahoz
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Ce sont deux figures importantes qui se rencontrent ici : Jean-Michel Basquiat, célèbre peintre américain, protégé d’Andy Warhol, figure de proue de l’art underground qui meurt à 27 ans, et Koffi Kwahulé, dramaturge et romancier désormais emblématique, récompensé par de nombreux prix, dont le Grand Prix de Littérature Dramatique, décerné par Artcéna en 2017.

 

Qui est Samo ? “Un homme au foyer qui traque l’ennui, une petite vieille qui ne s’en laisse pas conter, un millionnaire excentrique, un agent double cubain, un cyborg naufragé, un designer chinois albinos…” Qui est Samo ? C’est peut-être d’abord à cette question que tente de répondre la pièce. Figure emblématique et pourtant mystérieuse, Jean-Michel Basquiat a traversé le monde de l’art de façon éphémère et fulgurante. Le texte de Koffi Kwahulé nous donne des réponses par petites touches : “Jean-Michel ma mère est portoricaine Porto-Rico portoricaine Jean Haïti Jean Michel Jean haïtien mon père Samo Non […] Je suis américain”. Il évoque également la relation avec son père difficile, la folie de sa mère, son adolescence à taguer les murs de Manhattan, ses influences, sa réussite. Avec son écriture proche du jazz, le texte de Koffi Kwahulé crée un rythme qui lui est propre, plus proche de la musicalité que d’une forme de narrativité.

 

A partir de cette matière, Laëtitia Guédon s’attaque à la mise en scène, en convoquant six artistes : Blade Mc/AliMBaye et Nicolas Baudino à la musique, Willy Pierre-Joseph à la danse, les comédiens Yohann Pisiou et Eriq Ebouaney, et Benoît Lahoz pour les vidéos. On est séduits par la musique live qui rythme tout le spectacle, et notamment par les performances musicales de Nicolas Baudino qui enchaine solo de saxophone, de clarinette électronique et de flûte traversière, on est impressionnés par la ressemblance de Yohann Pisiou avec Basquiat et par sa capacité à porter le personnage, on est intrigués par la danse de Willy Pierre-Joseph qui apparaît comme une sorte d’alter-égo au peintre, un inconscient qui exprimerait sa liberté et sa créativité. Toutefois, on est aussi déçus par le tour polissé de la pièce. En effet, elle montre un Jean-Michel bien sage, dans un New-York tranquille, plus smooth jazz que free jazz.  La mise en scène est certes très esthétique dans ses jeux de lumières et ses installations, mais on aimerait peut-être un rythme plus soutenu pour exprimer cette Amérique en effervescence et ce peintre prolifique qui a réalisé 1000 toiles et 2000 dessins en dix ans, voire une posture plus engagée face à cet artiste noir qui remet en question les codes, et qu’on considère d’abord comme le fils d’un Haïtien avant de le percevoir comme Américain.

 

Ainsi, Samo, Tribute to Basquiat propose un beau moment de théâtre, ne serait-ce que pour la qualité de la musique et l’écriture de Koffi Kwahulé, même si on en attendait un peu plus.

 

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