Un coup de dés…

MC93 - Bobigny

  • Date 18 au 22 décembre 2018
  • Poète Stéphane Mallarmé
  • Metteur en scène Sylvain Creuzevault
  • Musique  Pierre-Yves Macé
  • Comédiens Laurence Chable, Juliette de Massy (soprano), Frédéric Noaille and Alyzée Soudet
  • Scénographie Jean-Baptiste Bellon
  • Costumes Gwendoline Bouget
  • Masques Loïc Nébréda
  • Lumières Gaëtan Veber
1812 Construire un Feu, Creuzevault

Présenté avant Construire un feu, Un Coup de Dés ..., fait partie de la série Les Tourmentes où Sylvain Creuzevault explore la présence de l’homme dans des lieux inhospitaliers et des conditions extrêmes. Avec des moyens simples et un ou deux comédiens au plateau, ces « peintures animées » font le pari de donner à voir une nature déchaînée, parfois au détriment du texte.

   

Un Coup de Dés…, le titre de la pièce, est le début du célèbre poème de Mallarmé écrit en 1897, Un coup de dés n’abolira jamais le hasard. Le poème est entièrement retranscrit dans un petit carnet, livré avec la bible du spectacle. Le poème s’étale sur onze pages et joue sur les variations typographiques de taille, l’alternance entre les majuscules et les minuscules, et l’utilisation de l’italique. Il est construit autour d’une phrase principale auxquelles s’ajoutent des propositions secondaires. Il est question d’un capitaine, qui faisant naufrage, décide de lancer un dé comme un dernier appel au ciel désormais vide de tout Dieu.

 

Le plateau étant plongé dans l’obscurité, le poème est projeté en lettres blanches sur un tissu transparent, deux pages par deux pages. Ce dispositif permet de montrer le travail typographique et l’agencement des vers. En effet, le poème s’éloigne de la tradition poétique où l’alexandrin règne en maître. Les syntagmes sont dispersés sur les pages. Le bloc classique ainsi dissout, le poème est lui-même soumis au mouvement des voiles transparents.

 

L’écriture est projetée, comme en écho, sur trois épaisseurs de voile, les uns derrière les autres. Selon le placement du spectateur, le texte se décale sur les différents tissus. Le poème se lit parfois en format paysage, sur deux pages, et la scénographie permet de faire émerger un paysage maritime. Les ondulations du tissu imitent le mouvement de l’houle.

 

La présentation est poétique, l’atmosphère visuelle empreinte de douceur. Les spectateurs sont enveloppés de noir. Deux comédiens avancent avec lenteur derrière le premier voile. On ne comprend pas vraiment leur présence scénique mais la projection sur la robe blanche de la comédienne permet de voir le texte glisser sur elle, l’effet est très esthétique. Une chanteuse lyrique soprano fait entendre le poème sur un mode atonal, ce qui contraste fortement avec le visuel jusqu’alors monotone, uniforme.

 

Dans la deuxième partie du spectacle, la pénombre laisse place à un mur blanc en fond de scène sans transition. Cette fois le poème est projeté en lettres noires, en arrière-plan du cordage noir qui rythme l’écran blanc. En fond sonore, on entend des vagues dont la violence annonce la tempête. C’est une tempête de « vers libres » qui se prépare vient nous expliquer un des comédiens. Il interrompt brutalement la représentation en donnant très sommairement les codes pour déchiffrer le poème. Ces explications réduisent la portée l’œuvre en tombant dans le cliché : une œuvre doit délivrer un message, le voici sur un plateau. Ce « messager » s’avance dans l’ombre et s’adresse au public. C’est une entrée fracassante dont on a du mal à se remettre quand la représentation reprend. Le metteur en scène, Sylvain Creuzevault, a-t-il souhaité brutaliser le spectateur, poursuivant le geste de Mallarmé qui malmène les règles de la poésie classique ? C’est un pari réussi mais on ne peut assurément pas dire qu’il est l’héritier d’un tel bouleversement artistique.

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