Pas d’souci ?

Théâtre de la Contrescarpe

  • Date Du 14 octobre 2017 au 30 mars 2019

Vous ne voulez pas lire cette critique ? Pas d’souci ! Mais vous n’en saurez pas plus sur le seul en scène de Philippe Fertray, éligible aux Molières 2019 ! Ce qui est dommage, car vous risquez de passer à côté d’un bon moment de théâtre.

 

Après une annonce qui nous rappelle de bien éteindre nos téléphones portables et de ne pas oublier d’applaudir chaleureusement l’artiste lorsqu’il nous fait rire ou lorsqu’on en a envie, Philippe Fertray arrive sur scène dans un accoutrement coloré qui nous rappelle un peu l’esthétique du clown : chemise à fleurs, veste rayée trop large, cravate bariolée, pantalon trop court… le ton est donné : le texte s’inscrira dans le comique et le premier dialogue avec le ridâtre (entendez “rideau de théâtre”) nous le confirme.

 

Sous-titré “halte aux abus textuels”, le spectacle s’attèle à nous faire remarquer puis à démonter les abus de langage utilisés au quotidien. Par exemple, n’est-il pas contradictoire d’affirmer “on va tout donner” et de confirmer “on ne va rien lâcher !” ? Et qu’en est-il de cette expression désormais employée à tout bout de champ : “pas de souci”, la version moins cool du “no worries” américain ? N’avons nous vraiment aucun souci à nous faire ? Au-delà de ces petits détails qui nous font sourire, Philippe Fertray nous fait vraiment rire lorsqu’il passe aux imitations des discours absurdes de Christine Angoisse (toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite), d’une comédienne branchée, des experts télévisés ou des conférenciers en art contemporain qui arrivent à nous faire croire que trois bricoles sur une table s’inscrivent résolument dans la tendance post-modernisme du courant nietzschéen pré-deleuzien.  Sans jamais tomber dans le cliché, tout en restant très fin dans ses analyses et ses réflexions, Philippe Fertray nous invite donc à mieux réfléchir au langage qui nous entoure et que nous employons.

 

On est également impressionnés par ses qualités de comédien et sa capacité à tenir un seul en scène d’1h 20. En effet, la pièce reste très rythmée, tant par le débit rapide de Philippe Fertray que par ses gestes et ses déplacements. Un seul moment de calme un peu superflu peut-être : la pause méditative d’une forme de zen surprenante. La mise en scène se veut aussi colorée que son comédien : on pourrait lui reprocher un côté un peu kitsch ou amateur, mais celui-ci est presque assumé lors du grand final.

 

On ne vous en dit pas plus : autant aller voir par vous même ce spectacle drôle et sympathique.

 

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