Rituel 4 : Le Grand Débat

Théâtre de la Cité Internationale

  • Date 10 au 15 décembre 2018
  • Conception et mise en scène Émilie Rousset et Louise Hémon
  • Comédiens Emmanuelle Lafon & Laurent Poitrenaux ​et la voix de Leïla Kaddour-Boudadi
  • Musique Émile Sornin
GISCARD D'ESTAING-MITTERRAND-406227

Depuis son origine, le débat télévisé des présidentielles permet de mettre des politiques face aux français. Ils partagent leur vision d’une société idéale en confrontant leurs concepts. Les discours politiques changent-ils vraiment ? Les éléments de langage se sont-ils modifiés au fur et à mesure du temps ? 

 
 

Le débat politique télévisé présidentiel depuis 1974 permet de mettre des politiques face aux français. Les discours ont-ils beaucoup changé avec le temps ? Depuis 2015, la metteure en scène Emilie Rousset travaille avec la réalisatrice Louise Hémon pour produire Rituels, des performances alliant théâtre et vidéo. Après Rituel 1 sur l’Anniversaire, Rituel 2 sur le Vote et Rituel 3 sur le Baptême de mer, les deux jeunes femmes ont décidé de s’orienter encore plus politique ou ont décidé de poursuivre la thématique de la politique. Pour Rituel 4, elles portent un regard critique sur le débat télévisé des deux candidats à la présidence de la République Française d’où le titre de la pièce :  Le grand débat. Sur l’ensemble des débats, elles choisissent des extraits portant sur quelques thématiques comme le social, l’économie, la nation… tout en faisant des coupes stratégiques dans les répliques. Le fait de connaître ou non les hommes politiques ne nuit nullement à la compréhension du texte très ingénieusement construit. Les extraits se mélangent et pourtant le discours final reste compréhensible et ce qui donne l’impression que les politiques disent toujours la même chose : seules les formulations changent.

 
 

Emmanuelle Lafon (déjà rencontré dans le précédent spectacle d’Emilie Rousset, Rencontre avec Pierre Pica) et Laurent Poitrenaux interprètent les candidats dans un face à face caméra. Ils donnent vie aux réparties et aux mimiques de François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Lionel Jospin, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La particularité du jeu repose sur l’oreillette que les deux comédiens possèdent. Ils entendent tout leur texte composé des vraies paroles prononcées  et doivent donc à la fois combiner leur débit de parole avec ce qu’ils entendent, faire attention au rythme et écouter un peu leur partenaire. Un exercice assez particulier qui demande d’être très exigeant dans le travail. Par chance, nous avons affaire à des comédiens humbles, professionnels et talentueux. Ils s’investissent complètement dans les personnages qu’ils incarnent plus ou moins longtemps. Le résultat étonne et on se laisse emporter par ces échanges, parfois absurdes. D’ailleurs, on rit beaucoup.

 
 

Sur scène des caméras filment en live comme dans les vrais débats télévisés. Au-dessus de la scène, un imposant écran rediffuse en direct les images. Les plans proposés et le montage se font échos suite aux modifications de la construction du débat en lui-même à travers le temps. On va passer du plan fixe à un plan plus large, d’un plan sur le candidat qui parle à un plan avec les deux visages visibles, ce qui implique que les caméramans doivent se déplacer et s’adapter. Les changements ne s’arrêtent jamais puisque maintenant les candidats peuvent parler quand ils le souhaitent sans attendre qu’on leur donne la parole, comme on a pu le constater dans le dernier débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Le sens du discours devient de moins en moins important et chacun cherche la punch line qui fera la différence, qui marquera les esprits. Fini les débats d’idées, plus le temps d’ailleurs. Ils doivent simplifier, quittent à mentir ou à exagérer les faits ce qui parfois donne l’impression d’un combat à la violence verbal.

 
 

Rituel 4 est un spectacle étonnant qui pousse à réfléchir au sens des mots, aux valeurs de notre société et aux comportements de ces politiques censés nous représenter. Indéniablement, il faut suivre le travail d’Emilie Rousset.

 

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