Construire un feu

MC93 - Bobigny

  • Date du 12 au 15 décembre 2018
  • d’après la nouvelle de Jack London
  • Mise en scène Sylvain Creuzevault
  • avec Frédéric Noaille et Alyzée Soudet
1812 Construire un Feu, Creuzevault

Présenté après Un Coup de Dés jamais n’abolira le Hasard, le spectacle Construire un feu fait partie de la série Les Tourmentes où Sylvain Creuzevault explore la présence de l’homme dans des lieux inhospitaliers et des conditions extrêmes. Avec des moyens simples et un ou deux comédiens au plateau, ces « peintures animées » font le pari de donner à voir une nature déchaînée, parfois au détriment du texte.

 

 

Construire un feu est l’une des nouvelles les plus connues de Jack London. Dans le Grand Nord canadien, un homme voyage seul, accompagné d’un chien, dans des conditions de froid extrêmes. L’auteur place le récit dans les pensées de l’homme et de son combat face aux éléments : de ses calculs sur le trajet qui doit le mener au camp qu’il souhaite atteindre avant la fin de la journée, au froid mordant qui engourdit ses doigts et glace son visage. Voyageur téméraire et chercheur de fortune, il défie toutes les recommandations et voyage seul, accompagné d’un chien husky auquel il n’accorde que peu d’attention. S’il connaît les pièges et obstacles qui jalonnent le chemin, c’est néanmoins cette force mentale incroyable qui va finir par le mener à sa perte.

 

La scène est découpée en plusieurs strates, composées de haies foncées qui arrivent à hauteur de jambes et qui accentuent la profondeur de scène et figurent ce Grand Nord. L’homme est massif et emmitouflé dans un manteau et un chapeau en fourrure imposants. Il porte aussi des mitaines et une barbe épaisse lui protège le visage. S’il se présente d’abord face au public d’un air songeur, peu à peu tous ses gestes se concentrent dans sa recherche de chaleur, il se frotte ainsi les mains et les frictionne énergiquement contre son corps. C’est une comédienne qui joue le chien husky et si son apparition sur scène fait d’abord sourire, ses mouvements énergiques et la vive attention qu’accorde le chien à l’homme rendent peu à peu compte du froid qu’ils endurent tous deux.

 

Une voix off, qui donne à entendre la pensée de l’homme, livre quelques phrases centrales du récit de Jack London. Mais elle reste rare et seules quelques phrases, précisant notamment la température extrême de moins cinquante degrés, informent le spectateur. Tout le reste du récit est ainsi donné à voir par le jeu du comédien, son interaction avec le chien et son travail méticuleux, lorsque le froid est trop mordant, pour construire un feu à partir de brindilles ramassées et d’une allumette. On devine ainsi sa perception du froid lorsqu’il semble cracher en l’air et percevoir son crachat tomber déjà glacé avant même de toucher le sol. Mais le jeu silencieux s’étire parfois et place le spectateur devant le risque d’un certain engourdissement. On regrette ainsi la richesse en détails du récit de London qui nous manque dans cette représenter sur scène de Grand Nord canadien et de ses aventuriers intrépides.

 

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