When I die [A ghost story with music]

Nouveau Théâtre de Montreuil

  • Date Du 4 au 6 décembre 2018 dans le cadre du festival Mesure pour Mesure
  • Conception, scénographie et mise en scène Thom Luz
  • Direction musicale Mathias Weibel
  • Dramaturgie Marcus Dross
  • Costumes et lumières Tina Bleuler
  • Son Martin Hofstetter
  • Avec Jack McNeill, Daniele Pintaudi, Suly Röthlisberger, Samuel Streiff, Mathias Weibel

"WHEN I DIE" -  "a ghost story with music" über das "Musikmedium" Rosemary Brown vom Zürcher Regisseur und Musiker Thom Luz Daniele Pintaudi, Jack McNeill, Samuel Streiff, Mathias Weibel (v.l.n.r.) Theater Gessnerallee Zürich

En représentant l’histoire de l’étrange médium-compositrice Rosemary Brown, Thom Luz développe avec maîtrise une écriture scénique intimement musicale, dont le flux hante et transcende chaque humain et espace à sa portée.

 

Un son brouillé prévient les spectateurs qu’une présence occupe le vide du plateau, jusqu’alors habité seulement par quelques pianos, des éléments simples de mobilier et des panneaux. Des crescendos successifs de sons musicaux et de voix sont alors rythmés par une femme seule à son piano faisant se briser des tasses sur le sol  pour faire taire ces interférences. Thom Luz nous convie dès les premiers instants du spectacle à s’imprégner de l’espace mental de Rosemary Brown, une veuve ayant prétendu dans les années 1970 avoir composé des morceaux sous les indications des fantômes de grands compositeurs comme Mozart ou Schubert. Nous sommes donc plongés dans les questions de schizophrénie liée au deuil ou d’apparitions concrètes depuis le point de vue de la veuve, exclusivement par l’efficacité d’une structure dramaturgique novatrice dont l’essence est profondément musicale.

 

Le son devient effectivement la matière première de ce spectacle à l’esthétique du clair-obscur, mettant en valeur la musique comme un flux indépendant se manifestant au dépend des musiciens comme un poltergeist. Plus qu’une simple dynamique du plateau, la musicalité construit les scènes sous la forme de motifs réitérés connaissant des variations dans leurs répétitions successives. Ainsi le bruit des tasses cassées semblent d’abord chasser les fantômes des compositeurs, incarnés par quatre comédiens-chanteurs, avant de s’avérer inefficace au bout de la 3ème reprise successive du son, obligeant Rosemary à entendre la parole de deuil des fantômes. Thom Luz expose donc de façon très ludique sa rythmique scénique tout en montrant de façon malicieuse certaines limites de la rigueur visuelle de son écriture musicale, par la superposition des sous-titres lorsque deux compositeurs parlent en même temps, ce qui contribue à montrer les limites de la polyphonie théâtrale de façon comique.

 

En plus d’aborder de façon originale et sensible des réflexions sur la mort, le deuil et la création artistique, When I Die est donc un hommage fort à la musique comme énergie artistique de transe pour l’humain dans son quotidien comme ses plus grandes œuvres. Son omniprésence et son caractère fondamentalement diffus prolonge la pensée du seuil entre le matériel et l’immatériel de son sujet et sublime l’épure magnifique et mystérieuse des images scéniques aux jeux de lumière fins.

 

Thom Luz propose donc une vision forte et innovante de la sève fantomatique des existences et des œuvres, faisant de la musique un flux s’emparant des compositeurs comme de Rosemary, de la rythmique des paroles comme de l’animation des objets scéniques. Tout en présentant les différentes pistes d’interprétations, l’affaire de cette médium mélomane reste mystifiée par la subtilité atmosphérique qu’offre cette mise en scène sensorielle, par son profond respect envers les potentialités du langage musicale.

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