Les Terrains Vagues

Théâtre de la Cité Internationale

  • Date jusqu'au 11 décembre 2018
  • Texte et mise en scène Pauline Haudepin
  • Scénographie Solène Fourt et Salma Bordes
  • Costumes Solène Fourt
  • Interprétes Marianne Deshayes, Paul Gaillard, Genséric Coléno-Demeulenaere et Dea Liane
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Le marchand de sable tapit dans son sous-sol, fabrique l’espoir d’une population à la dérive. En haut d’une tour, il conserve le plus précieux de ces trésors : l’innocente Raiponce. Mais un jour un prince viendra et l’emmènera loin de sa seule famille.

 

Pour sa deuxième pièce, Pauline Haudepin s’inspire très librement du conte populaire allemand des frères Grimm : Raiponce. Abandonnez l’imaginaire Disney qui vous vient à l’esprit, et laissez vous porter dans les vestiges d’une utopie urbaine qui s’est écroulée. Nous sommes au cœur d’une décharge où ruines, gravats et sable se voient à perte de vue. Dans cet espace riche d’espoirs déçus, habitent des gens hagards. Le marchand de sable, lui, vit dans son sous-sol aménagé. Il possède un savoir-faire que beaucoup lui envient : d’une plante sauvage, la raiponce, il arrive à extraire une drogue qui permet de se sentir bien le temps d’un instant et de fuir la triste réalité. Un jour, Shéhérazade arrive chez lui et lui réclame cet hallucinogène, car elle est enceinte et ne peut plus être payée pour ses services de prostituées. Il lui propose alors d’échanger une grande quantité de raiponce contre son enfant. A l’issue de la tractation, Mister Sandman enferme la magnifique Raiponce en haut d’une tour. Puis c’est travesti en femme qu’il lui rend visite, la nourrit, lui parle. La douce enfant entend des voix et leur répond. Parfois, il lui vient à rêver du dehors qui doit être si vert. Attiré par une force inconnue, Lazslo, jeune pyromane, arrive dans ce lieu et sympathise avec le marchand de sable. Il cherche quelque chose qu’il ne sait nommer, mais il va trouver le passage menant à Raiponce, le chemin vers son cœur et ses réponses. Toutefois, il s’est approché trop près du trésor du marchand de sable. Pour la peine, ce dernier lui jette un liquide sur les yeux qui lui fait perdre la vue. Mais l’Amour va le guider vers la belle demoiselle et ensemble, ils vont écrire une nouvelle histoire pleine de fantaisie et de folie.

 

La mise en scène de Pauline Haudepin et la scénographie de Solène Fourt et Salma Bordes sont étonnantes dans la créativité et leur originalité de leur vision du conte. Elles ont construit une histoire dans un univers cyberpunk où le monde de Blade Runner rencontre celui d’Enki Bilal. Le visuel ne pouvait alors qu’être détonnant dans sa singularité. En plus les murs en brique de la salle Resserre du Théâtre de la Cité Internationale se fondent à merveille avec les structures métalliques apparentes, des parpaings, des tiges en fer… Les costumes simples avec des vêtements de couleurs unis du quotidien de Solène Fourt s’amalgament à l’ensemble. Dans ce monde terne deux couleurs se démarquent : le bleu et le rouge. Avec ce bleu que l’on voit dans les yeux et sur les lèvres, on s’attend presque à l’arrivée de Jill Bioskop. Le rouge intense de la robe de Mister Sandman, valorisé par le rouge à lèvre et la veste de Shéhérazade, montre le désespoir des ces deux êtres avec la volonté de changer et le fait qu’au final tous deux vont perdre Raiponce. Genséric Coléno-Demeulenaere, Marianne Deshayes, Paul Gaillard et Dea Liane évoluent avec osmose dans ce désenchantement. La metteure en scène les a fait participer en amont de la création afin qu’ils puissent s’approprier le plateau et rencontrer chacun leur personnage dans leur solitude qui les habite. On ressent, nous le spectateur assis, cette fusion entre texte, scène et personnage et on se laisse guider dans les tréfonds de cet entre-monde chaotique. Raiponce apporte ce décalage à la réalité et y insuffle une dose d’innocence et de poésie comme lorsque qu’elle danse avec Lazslo pour s’imaginer leur maison. La musique discrète se fait une compagne fidèle. Surtout avec la chanson bien triste, « Mister Sandman » de The Chordettes ayant pour refrain : « Mr. Sandman, bring me a dream ».

 

N’hésitez pas à partir sur « Les Terrains Vagues », rencontrer le temps d’une fable d’indésirables héros marginaux qui prennent le rêve comme une drogue.

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