France

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  • Date Dimanche 4 novembre
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FRANCE de Maximilien Marçais-Husson
mis en scène par Garance Valet, Théâtre Clavel, novembre 2018

 

C’est avec curiosité que je me suis rendu au Théâtre Clavel pour assister à « France » de Maximilien Marçais-Husson. Une représentation à la saveur familière, ma compagnie ayant joué dans ce théâtre quelques années auparavant. D’emblée le décor est planté, sommaire mais efficace : des cordages de bateau suspendus au plafond permettant de passer facilement d’un lieu à un autre, qu’il s’agisse du pont, de la salle de restaurant, des cabines des membres de la famille. Une famille que nous découvrons quittant New York pour un périple en bateau, le bien nommé France, vers ce pays que les deux fils, Sylvain et Pascal, n’ont pas connu, et dont leurs parents ont un souvenir suranné et utopique.

Cette traversée de l’Atlantique est un prisme du temps qui passe, du temps qui a passé, sans qu’on ne s’en rende compte, sans que l’on veuille s’en rendre compte. Parce que c’est plus simple. Parce que ça fait moins mal. Parce que ça arrange tout le monde. Croit-on.

Il y a le père, qui a réussi dans les affaires et souhaite que son fils Sylvain perpétue la tradition familiale. Il y a l’autre fils, Pascal, aspirant poète, perdu, couvé presque par pitié par sa mère, et ignoré, méprisé en silence par son père. Et au milieu il y a Maggie, la babysitter rebelle mais lucide, rêveuse mais désabusée.

Le choix d’avoir un décor unique et polymorphe permet de passer de façon fluide d’un état d’esprit à un autre, d’une ambition, d’une déception à une autre, fluides comme les vagues qui font voguer ce bateau vers une terre promise pour les uns, inconnue et pas ou mal désirée par les autres.

D’un côté nous avons Sylvain, le fils prodigue qui s’adapte, réaliste sarcastique, prêt à reprendre le flambeau paternel, parce qu’il le faut. De l’autre Pascal, le rêveur incompris, qui quitte un monde et le peu de certitudes qu’il lui donnait pour un futur dont il ne veut pas, lui qui sait au fond si peu ce qu’il veut. Et Clarisse, la mère de famille, incarnée par l’excellente Tamara Lipszyc, qui insuffle une énergie et un rythme à cette pièce qui en manque parfois, perdue entre ses rêves de starlette américaine et ses envies très terre à terre de bourgeoise parisienne. Parfois naïve, comme certaines répliques de la pièce, mais touchante et drôle, à sa façon. Le père de famille, surnommé Daddy, ambitieux réaliste se veut le chef d’une famille qu’il croit heureuse et prospère, comme ses affaires.

Maggie, américaine anticonformiste jusqu’au bout des ongles, sert de passerelle à ces deux mondes que tout oppose et qui à force de s’ignorer cordialement vont inexorablement se rentrer dedans. Maggie c’est le vent de fraîcheur qui souffle sur ce monde qui change, mais c’est aussi l’incarnation désabusée de rêves qui n’ont même pas eu le temps d’éclore. Maggie c’est les envies de grandeur écaillée de Clarisse, le réalisme sarcastique de Sylvain, les rêves fleuris de Pascal, le pragmatisme froid de Daddy.

A mesure que le France poursuit sa traversée les âmes voguent, les opinions s’entremêlent comme les cordages, les idéaux se brisent sous les flots. Porté par le vent révolutionnaire de mai 68, le France est le théâtre de deux mondes que tout oppose. Deux mondes qui ne peuvent se côtoyer plus longtemps, qui doivent s’entretuer pour maintenir en vie l’un, ou faire naître l’autre. Quel qu’en soit le prix.

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