Jaz

Théâtre de la Cité Internationale

  • Date 8 au 20 octobre 2018
  • Adaptation et mise en scène Alexandre Zeff / Cie La Camara Oscura
  • D’après Jaz, de Koffi Kwahulé, Les Éditions Théâtrales
  • Scénographie / création lumière Benjamin Gabrié
  • Création sonore Antoine Cadou et Gilles Normand
  • Composition musicale Franck Perrolle et Gilles Normand
  • Arrangements Le Mister Jazz Band
  • Régisseur son Guillaume Callier
  • Costumes Claudia Dimier, Laure Mahéo, Isabelle Beaudouin
  • Maquillage / coiffure Sylvie Cailler
  • Comédienne Ludmilla Dabo
  • Musiciens Mister Jazz Band : Franck Perrolle (Guitare), Gilles Normand (Basse), Louis Jeffroy (Batterie), José Lois Olympio De Campos (Saxophone)
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© Clara Pauthier

 

Jaz, un texte de Koffi Kwahulé, présenté au Théâtre de la Cité Internationale dans une mise en scène d’Alexandre Zeff. Jaz, le personnage féminin éponyme, tient un monologue dans lequel elle raconte un viol. La comédienne, Ludmilla Dabo, est accompagnée par le Mister Jaz band composé de quatre musiciens : un guitariste, un bassiste, un batteur et un saxophoniste.

 

Les musiciens sont placés sur une estrade en fond de scène plutôt dans l’obscurité tandis que la comédienne occupe le premier plan. Le jazz en fond sonore tout le long de la pièce se rend davantage présent quand la comédienne commence à chanter et, en cela, il sublime l’agression qui nous est racontée. L’esthétique musicale se mêle à la violence verbalisée et l’incarne quelques fois. Le jazz, en coïncidence avec le nom de la femme violée, est une musique de la rébellion face à l’oppression. Jaz imagine d’ailleurs se venger de son bourreau. Le chant dans la musique jazz peut être perçu comme l’expression artistique magnifiée d’un cri de souffrance, de colère.

 

La question des corps est centrale dans l’écriture de Koffi Kwahulé. Elle est ici abordée avec le sujet du viol. Le spectacle commence dans une ambiance de cabaret, une femme allant et venant librement sur la scène. Elle est très maquillée et porte des talons rouges et une longue robe bleue en simili cuir. L’espace où évolue la comédienne sera bien plus restreint que le plateau par la suite puisqu’elle sera dans une sanisette, toilettes dont l'ouverture est commandée par un monnayeur. Le corps de la femme est contraint comme il l’a été lors de l’agression. La musique parfois assez forte, couvre la voix de la comédienne. La souffrance du personnage, envahie dans son intériorité, déborde du huis clos et s’extériorise dans le chant. La musique se fait virulente puisqu’elle accompagne l’exutoire entre paroles et chant.

 

La comédienne se dénude, et ce faisant, elle abandonne tous les artifices, la longue robe bleue en simili cuir et la perruque qui dévoile un crâne rasé. Le personnage est double en cela qu’il raconte son traumatisme en parlant de lui-même comme d’un autre, tenant ainsi à distance le trauma. Dans ce discours monologique, le personnage se dédouble encore et joue le rôle de l’agresseur. La comédienne adopte ainsi les expressions corporelles de l’homme et parle a capella sur l’enregistrement de ses paroles, de même que « l’inquisiteur » a pris possession de son corps. Celui-ci est dévoilé tout en pudeur et avec révérence. Lorsqu’on voit la comédienne changer de vêtements, elle n’est plus qu’ombres sur un fond rouge. Cette femme qui refuse de parler à la première personne ne serait que le fantôme de son passé ? La lumière rouge modèle le corps des musiciens en arrière plan, l’éclairage des néons reste peu vif dans cet espace très peu éclairé. Par ailleurs, la cuvette des toilettes publiques sur laquelle s’assoit la comédienne laisse émerger une lumière vive, blanche, rose. Celle-ci éclaire l’intimité de la femme, le dernier tissu dont l’agresseur lui a demandé de se débarrasser.

 

La scénographie repose sur les éclairages des néons. Trois panneaux en verres avec des néons lumineux sont placés derrière la comédienne et se rabattent autour d’elle pour former le huis clos de la sanisette, lieu quotidien que sont les toilettes, faisant du mal, une banalité. Un très complexe travail scénographique est accompli avec les bandes lumineuses des néons, le découpage de la silhouette de la comédienne sur des fonds colorés. Il en est de même pour la sanisette, d’où émane une fumée rosie qui enrobe la comédienne placée debout les bras écartés incarnant une nouvelle figure christique.

 

Quand la réalité du viol n’est que violence et brutalité, la représentation accompagnée du jazz permet de sublimer une réalité, tout comme Koffi Kwahulé donne de la poésie à quelque chose d’insupportable.

 

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