Arlequin poli par l’amour

Autres théâtres

  • Date du 29 septembre au 27 octobre 2018
  • Théâtre Scala Paris
  • Mise en scène et scénographie Thomas Jolly
  • Distribution Julie Bouriche, Romain Brosseau, Rémi Dessenoix, Ophélie Trichard, Charlotte Ravinet et Romain Tamisier
  • Assistante à la mise en scène Charline Porrone
  • Création lumière Thomas Jolly et Jean-François Lelong
  • Création costume Jane Avezou
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Une fée tombe éperdument amoureuse d’Arlequin. Elle le fait enlever et le séquestre dans son palais en espérant qu’il l’aime en retour. Mais l’Amour est une chose bien mystérieuse qui ne se commande pas.

 

Sur scène, chaque comédien a à sa hauteur de vue une ampoule. C’est la seule source de
luminosité. Chacun lit un morceau de la pièce, une machine se met à fumer et la magie opère.
Une fée tombe amoureuse d’Arlequin, rencontré dans un bois. Elle le fait enlever et le
séquestre dans son château. Elle tente à l’aide de ses serviteurs de le divertir mais le jeune
homme qui manque d’esprit s’ennuie. Avec le temps, il finira bien par tomber sous ses
charmes. Mais voilà qu’au cours d’une ballade, il tombe amoureux d’une bergère, Silvia.
L’attirance est réciproque. La fée l’apprend et ne compte pas rester sans rien faire. Sa
vengeance sera terrible. Heureusement que Triblin, un humble serviteur de Merlin, le futur
époux de la fée, va prendre part à l’histoire. Il veut que l’Amour triomphe. Est-ce vraiment
possible ?

 
Voilà une bien jolie histoire que nous raconte Marivaux. On pourrait s’attendre à voir de la
verdure, des robes couleurs pastel et des petits papillons. Vous ne verrez rien de tout cela.
Bienvenue dans l’univers loufoque et burlesque de Thomas Jolly qui propose des costumes de
saltimbanques proches du style de Tim Burton. Les mondes du cirque et des prémices du
cinéma expressionniste allemand ne sont pas très loin avec ces visages grimés de blanc, ce
maquillage parfois outrancier, l’amplification de sons et le travail avec les jeux d’ombres. Il
choisit même volontairement un espace scénique réduit pour mettre le strict nécessaire. Un
rideau blanc tombe avec le titre qui permet de jouer de l’espace et des jeux de lumière. Besoin
de créer un moment magique ? On met toute la lumière sur Arlequin et Sylvia qui
s’embrassent fougueusement. On fait voler pléthore de confettis sur une musique pleine de
passion. Le gros plan émotion est réussi.

 
Les détails sont partout et toujours utilisés avec ingéniosité. Quelques guirlandes par-
ci, quelques ampoules qui se balancent au bout de leur fil par-là et cela suffit pour nous
plonger dans un monde singulièrement magique. Les costumes débordent de références.
Ainsi Arlequin, au début, se trouve tout de blanc vêtu, incarne l’innocence même. Il pourrait
même poser pour Pierre et Gilles. Puis au fur et à mesure, le maquillage blanc s’enlève, ses
vêtements changent, le chapeau tombe, les cheveux sont détachés. Le jeune homme poli par
l’amour comprend la force des mots. Il devient très vite maître du langage. Son statut de
simplet vient de changer à celui de sorcier. La métamorphose est complète. Il peut se vêtir
alors de noir et de rouge. Les Rita Mitsouko vous l’avaient bien dit : « Les histoires d’amour
finissent mal en général ».

 
Thomas Jolly propose une sublime scénographie pleine de poésie et de fureur. Une frénésie
joyeuse au service d’un texte intemporel.

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