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Théâtre Nanterre-Amandiers

  • Date Du 12 au 17 octobre 2018
  • Conception, chorégraphie et scénographie Théo Mercier & Steven Michel
  • Texte Jonathan Drillet
  • Création lumières Eric Soyer
  • Création sonore Pierre Desprats
  • Costumes Dorota Kleszcz
  • Avec Steven Michel
  • Avec les voix de Fanny Santer et Jonathan Drillet
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En nous plongeant dans un monde onirique à l’humour inquiétant, Théo Mercier structure son esthétique plastique et sensorielle à travers la représentation de la standardisation cauchemardesque de l’humain par la société de consommation.

 

Des tas de planches méticuleusement classés, une ampoule suspendue au plafond et un homme au visage aussi blanc que le reste des éléments scéniques : c’est ainsi que Steven Michel et Théo Mercier  nous accueillent pour leur premier assemblage artistique, nous mettant face à la frontière ambiguë entre le corps humain et son lieu de vie, entre l’intériorité et l’extériorité exprimées ici par nos habitudes de consommation.

 

Le performeur Steven Michel exécute ensuite une série de mouvements types, suivant l’ordre d’un mode d’emploi, ayant pour guide la numérotation d’une voix off. Cette mise en condition pour « devenir » l’armoire en kit qu’il va monter ensuite sur scène apporte déjà la force humoristique du spectacle. Le point d’orgue est alors le montage de l’armoire rythmé par la voix off vantant aussi bien l’esprit de survie que le bien-être véhiculés par cet espace « conçu » par l’utilisateur. Le processus se déroule en associant chaque geste à un conseil ou à une émotion ressentie lors du mouvement systématisé. Naît un humour du décalage entre la rigidité des corps scéniques et l’idéologie de bien-être affirmée. C’est d’ailleurs un des atouts majeurs de cette critique de l’aliénation de l’individu par la vente d’un « style de vie » monté de toutes pièces.

 

Ce paradoxe entre l’accomplissement personnel que représente le montage de cette Kallax et l’obsession de l’évaluation de ses compétences est par la suite mis à nu dans un retournement d’ambiance scénique caractéristique de l’univers du plasticien. On retrouve effectivement un passage du comique des mouvements guindés et répétitifs à un cauchemar frénétique oppressant hanté par les figures du passé. Le praticien enlève son costume de peau pour laisser apparaitre sa vraie nature d’écorché anatomique, tout comme le mobilier standardisé de son appartement fait ressortir sa nature primaire ou l’oppression sociale qui lui est inhérent. Ainsi la lampe se transforme en son ancêtre le feu de camp par des effets lumineux et des sons quand des crépitements de feu se font entendre. Le paysage sonore participe alors à l’asphyxie de cet homme par son lieu de vie lorsque les souvenirs familiaux de réglementation sociale hantent chaque objet de la pièce. Par exemple lorsque le performeur se retrouve dans un lit à barreaux, la voix de son père lui donnant des ordres est diffusée dans la pénombre du lieu. L’injonction de finir son assiette est également ainsi figurée par un repas de boulons intoxicant notre écorché, forcé de fuir la frénésie de l’âme cachée de ces objets représentatifs de la violence de la standardisation de la société.

 

A travers une forme novatrice, Théo Mercier structure et épure donc son style onirique et ses thèmes pour plus d’impact sensoriel avec de saisissantes images scéniques, ramenant à l’aspect le plus intime la toxicité du standard promu par la société de consommation.

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1 Commentaire

  1. Kelly - 16/10/2018

    Félicitations Raphaël pour cette première critique.