Les Démons

Odéon Théâtre de l'Europe

  • Date Du 21 septembre au 21 octobre 2018
  • Librement inspiré du roman de Fédor Dostoïevski
  • Metteur en scène Sylvain Creuzevault
  • Avec Nicolas Bouchaud, Valérie Dréville, Vladislav Galard, Michèle Goddet, Arthur Igual, Sava Lolov, Léo-Antonin Lutinier, Frédéric Noaille, Amandine Pudlo, Blanche Ripoche, Anne-Laure Tondu
  • Traduction française André Markowicz
  • Adaptation Sylvain Creuzevault
  • Scènographie Jean-Baptiste Bellon
  • Son, régie générale Michaël Schaller
  • Lumière Nathalie Perrier
  • Costumes Gwendoline Bouget
  • Masques Loïc Nébréda
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Aux Ateliers Berthier de l’Odéon – Théâtre de l’Europe, Sylvain Creuzevault ressuscite « Les Démons » de Fédor Dostoïevski. Un roman monstrueux, gigantesque et à peine compréhensible de ce génie de la littérature est transposé sur un plateau parisien afin que le spectateur, candide et volontaire, soit terrorisé par les idées chrétiennes, nihilistes, socialistes et révolutionnaires surplombées par les problèmes sociaux en Russie du 19ème siècle. Une performance inoubliable qui n’est pas facile à digérer.

 

Au début du spectacle, on reçoit une « feuille anti-panique », qui donne une trouble idée de ce qui se passe sur le plateau, et quelques verres du champagne généreusement partagés par les comédiens déjà présents sur scène. Un petit clin d’œil à Christiane Jatahy ? Peut-être. Ainsi, le spectateur se sent immédiatement affilié à l’action. Les comédiens ne s’y arrêtent pas – ils invitent quelques spectateurs à venir s’asseoir parmi eux sur des chaises placées des deux côtes du plateau. Le geste est symbolique et explique l’idée de Dostoïevski : nous sommes tous des démons.

 

Ce roman d’un millier de pages a été publié dans la revue Le Courrier russe entre 1871 et 1872. C’est l’histoire de jeunes révolutionnaires russes souhaitant renverser l’ordre établi dans une petite ville de la province de Saint-Pétersbourg et une critique audacieuse de toutes les idéologies et démons de la société. Après quelques années d’absence, le fils de Varvara Stavroguina, riche veuve, – Nikolaï Stavroguine – revient au pays. Sa mère a déjà un plan matrimonial pour lui, mais on apprend qu’il s’est secrètement marié sur un coup de tête avec Maria Lébiadkine, une pauvre femme à moitié folle. En même temps, Piotr Verkhovenski, fait son apparition. L’ancien ami et admirateur de Nikolaï le menace de dévoiler ses fiançailles avec Maria en échange d’un service. Il joue un rôle politique trouble en essayant d’établir le socialisme autoritaire dans le pays. Kirillova, un autre personnage, le soutient et consent de se suicider au nom de la révolution. Il y a encore Ivan Chatov, Daria, Liza, Chigaliova, Fédka, Maria Chatova, des émeutes, des meurtres, des incendies, des histoires d’amour, des accouchements … On ne comprend pas tout et c’est bien le but pour nous faire ressentir l’enfer parmi des démons. Si le roman contient trois parties et 24 chapitres, la mise en scène de Sylvain Creuzevault est – heureusement – réduite à deux parties et quatre scènes en quatre heures avec un entracte.

 

La mise en scène est une libre inspiration du roman de Dostoïevski, mais elle reste suffisamment fidèle au contenu du roman. La pièce se joue sur un plateau en ciment au décor minimaliste avec de simples chaises de deux côtés du plateau pour permettre aux comédiens de s’asseoir en attendant leur apparition « publique », avec une cloche dans un coin et un piano dans un autre. Les costumes sont simples, en noir et blanc, un manteau en fausse fourrure léopard symbolisant la richesse d’une habitante de la ville, un costard en velours violet qui montre l’appartenance d’un autre à l’intelligentsia désargentée, la cape blanche de la femme boiteuse de Nikolaï – un signe d’innocence, etc. On se sent souvent dans les ténèbres, on ne reconnaît pas le fil rouge de la narration, les acteurs jouent plusieurs rôles à la fois pour casser le principe d’identification et pour éviter les différences dans l’équipe. Tout cela est associé d’une façon – admettons ! – maladroite aux images de Poutine collées aux objets peu nombreux du décor, des événements en Crimée racontés sous la forme d’une blague au début de la première partie, en faisant allusion au mode de travail en Russie et en Europe et aux récents blocages des facultés. On sent que le metteur en scène cherche une accroche à l’actualité pour mieux expliquer le contenu du roman peu compréhensible, mais, malgré cet effort, il ne trouve pas la bonne solution.

 

En quittant la salle, on est heureux de revenir au monde réel qui porte quelques traits de l’enfer de Dostoïevski, mais qui permet de l’oublier.

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