De la démocratie

Théâtre 71 Scène Nationale Malakoff

  • Date Du 10 au 18 octobre 2018
  • D'après Alexis de Tocqueville
  • Auteur et metteur en scène Laurent Gutmann
  • Comédien.nes Stephen Butel, Jade Collinet, Habib Denbélé, Reina Kakudate et Raoul Schlechter

 

Ne vous laissez pas impressionner : ici il est question de démocratie, de Tocqueville et de création théâtrale… Sans pédantisme, ni vulgarisation à outrance !

 

En 1831, Alexis de Tocqueville se rend en Amérique. Il quitte la France et sa monarchie constitutionnelle et découvre le fonctionnement, les vertus (et les vices) de la démocratie. Il rend compte de ces réflexions dans De la démocratie, publié en deux tomes en 1835 puis 1840. Quelques siècles plus tard, le 10 octobre 2018, au Théâtre 71, à Malakoff, cinq comédiens, très inspirés par le texte de Tocqueville, cherchent à créer collectivement, un spectacle. Au cœur de leur processus, il y a deux questions : comment donner naissance démocratiquement à une œuvre théâtrale ? Comment représenter scéniquement ce qu’est une démocratie ? Sous les yeux des spectateurs, qui assistent à cette étape de travail, à cette répétition au milieu des pans de décors en construction, les comédiens s’organisent : chacun propose une idée pour rendre compte sur scène de ce qu’est la démocratie. Chaque comédien apporte son univers et on se retrouve face à un éventail assez représentatif du paysage théâtral parisien, avec des propositions grand public, d’autres plus obscures, voire carrément symboliques… Puis ils s’organisent et interrogent la place du metteur en scène dans la création et le positionnement de la création face au public.

 

En réalité, De la démocratie est un spectacle écrit et mis en scène par Laurent Gutmann. Malgré le sujet et l’aspect « méta » du spectacle, il ne s’agit pas d’un objet de vulgarisation racoleur, ni d’une thèse de sociologie obscure. Laurent Gutmann réussit le pari de proposer un spectacle tout aussi brillant que divertissant, et qui probablement saura parler au plus grand nombre possible. Au milieu des divagations des personnages-comédiens, il n’oublie pas de nous faire entendre et goûter le texte (étonnamment clair) de Tocqueville (dont le nom même finit par devenir un régal en termes de sonorité pour les oreilles). Le casting est éclectique, ce n’est probablement pas un hasard… Ou bien le concept de démocratie est très inspirant. Il est difficile de nier qu’il y a une absence assez flagrante de diversité sur nos scènes où l’acteur.trice est souvent blanc. Ici, personne ne se vante d’avoir sur scène un comédien noir et une comédienne asiatique, mais le fait est qu’ils sont là et que c’est assez peu habituel pour être souligner !

 

Par moments le spectacle s’essouffle un peu, car il développe son procédé jusqu’au bout. Heureusement, les acteurs dégagent une énergie folle. Ils nous semblent très familiers, on a envie de les écouter encore, de les regarder. Cette proximité est très agréable et redonne au théâtre cette force incroyable de créer du vivre-ensemble et d’ouvrir des pistes de réflexion. Il se jouera encore au Théâtre 71 jusqu’au 18 octobre et quoi qu’il arrive, qu’on aime ou pas l’esthétique, le jeu, le propos, ce ne sera jamais du temps perdu que d’aller le voir !

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2 Commentaires

  1. Daniel Sordet - 12/10/2018

    Ça donne envie de voir.Quand en région(Bourgogne)?