Clouée au sol

Les Déchargeurs

  • Date du 17 octobre au 3 novembre
  • Texte Georges Brant
  • Mise en scène Gilles David
  • Comédienne Pauline Bayle
  • Costumes Bernadette Villard
  • Musique Julien Fezans
  • Lumière Marie-Christine Soma
  • Décor Olivier Brichet
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Cet automne, on a le plaisir de revoir la pièce de Georges Brant mise en scène par Gilles David au théâtre Les Déchargeurs en coproduction avec La Reine Blanche à plusieurs reprises. Les sujets très actuels, tels que la guerre par télécommande, la vidéosurveillance, la robotisation de la société bien mêlée avec la question du féminisme et de la grossesse séduisent le spectateur par leur complexité et la simplicité de la mise en scène intriquée l’une dans l’autre.

Une femme qui correspond à toutes les normes physiques et mentales, pilote de l’US Air Force, raconte son histoire d’amour, celle qu’elle porte à un homme et qu’elle voue au ciel bleu. Elle vit son rêve professionnel qu’elle est contrainte d’abandonner à la suite d’une rencontre amoureuse et une grossesse accidentelle. Des mois plus tard elle se présente pour reprendre le service et on lui confie une nouvelle tâche : piloter un drone. Elle ne vole plus, elle est enfermée dans une caravane climatisée à Los Angeles d’où elle surveille sur un écran la guerre au Moyen-Orient et donne des commandes afin de tuer des personnes considérées comme terroristes, car ils ont « atteint l’âge pour faire la guerre ». Plus de ciel bleu, plus de liberté, elle est clouée au sol dans l’air gris le jour et la nuit. La guerre au risque zéro bascule sa santé mentale, sa vie familiale, les frontières entre la vie réelle et la vie vue par l’œil du drone se brouillent.

La comédienne dans sa combinaison de pilote de l’US Air Force tient son monologue au milieu du petit plateau carré sous une congrue lumière tombant sur elle pendant une heure et demie. C’est un moment court pour raconter une vie qui se déploie pour un spectateur plongé dans le noir : un texte génial, recité sans pauses ni changements de décor, ni lumière, ni son, devient lourd et même très lourd pour être perçu dans sa totalité par le spectateur choqué par l’imaginaire et fasciné par la mémoire et le jeu d’acteur brillant sur scène.

C’est une vraie guerrière rayonnant par sa beauté et de la santé physique. Elle se bat pour ce qu’elle croit d’être juste, elle se sent intouchable et au sommet de l’ordre militaire et à la pointe e la technologie jusqu’au moment où elle perçoit la perte de sa liberté comme une crise existentielle. Elle subit le « risque zéro », elle se sent faible et elle n’a plus besoin de la protection par sa combinaison de pilote qu’elle enlève : on perçoit la beauté de son corps fort et bien musclé et la beauté de son âme qui ne peut pas adopter le fonctionnement d’une machine à tuer et qui est torturé par la banalisation de la guerre.
« Clouée au sol » est un texte très structuré et rythmé avec des phrases courtes et simples. La mise en scène reflète cette simplicité par le minimalisme du décor, du son, de la lumière, des mouvements réduits de la comédienne « clouée au sol ». La création de Gilles David garde l’expressivité dans les paroles et le langage du corps ce qui permet d’entendre l’écriture, mais ne permet pas au le spectateur à mieux appréhender les problématiques et se détacher du texte écrit pour passer dans l’imaginaire malgré une très belle performance de Pauline Bayle.

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