May he rise and smell the fragrance

Autres théâtres

  • Date Du 14 au 17 juillet 2018 au Théâtre Benoît-XII
  • Avec Ali Chahrour, Ali Hout, Abed Kobeissy, Hala Omran
  • Chorégraphie Ali Chahrour
  • Dramaturgie Junaid Sarieddeen
  • Musique Two or The Dragon (Ali Hout, Abed Kobeissy)
  • Lumière Guillaume Tesson
  • Son Khyam Allami et Mathilde Dhaussy
  • Production Ali Chahrour
  • En collaboration avec Zoukak theatre company
  • Coproduction Fabrik Potsdam
  • Avec le soutien du Goethe Institute, Arab fund for arts and culture ”Afac” de Houna Center, Zoukak theatre company, Institut français de Beyrouth
  • En partenariat avec France Médias Monde
May he rise and smell the fragrance © Christophe Raynaud de Lage

May he rise and smell the fragrance © Christophe Raynaud de Lage

 

Le thème du festival In était le genre et toutes les déclinaisons avec le transgenre, l’assignation identitaire, la liberté d’être finalement. Un spectacle d’un tout autre genre de transe, mais d’un même genre de transcendance était présenté par Ali Chahrour, chorégraphe libanais. May he rise and smell the fragrance est le dernier spectacle d’une trilogie composée de FatmehLeïla se meurt portant sur la thématique du deuil, trilogie présentée au Festival d'Avignon depuis 2016. Inspiré par les cérémonies de deuils chiites, le chorégraphe explore l’expérience du deuil. Le titre en effet se réfère à la Descente d’Ishtar aux Enfers, un texte sumérien : «Puisse-t-il se relever et humer le parfum». Ali Chahrour, dit dans le programme de salle que « Face à la force et la résilience de ces femmes, prêtresses, déesses, mères nourricières, nous avons eu du mal à trouver des rôles intéressants pour les hommes, qui dans ces rituels n’ont pas le pouvoir qu’ont les femmes d’exprimer la tristesse. »

 

L’éloquence de la douleur, au sens où elle est expressive, donne lieu à un spectacle de chant et de danse. Ce sentiment si intime est chanté par une femme, dansé et musicalisé par des hommes. Par exemple, le corps du danseur pris de spasmes affiche la douleur en tant qu’elle est cinglante et foudroie de manière fulgurante et poignante. C’est le chant qui semble animer le corps inerte au sol quand il est pris de convulsions. Le spectacle est construit en une série de tableaux musicaux. Les premiers sont très troublants. Les quatre protagonistes sont placés devant la scène, espacés les uns des autres, ils criblent la salle du regard tandis qu’on entend un bruit assourdissant comme ceux des mitraillettes. L’intrusion auditive, l’agression sonore, métaphorise l’atteinte qui crée la douleur dans les corps des performeurs. Le mouvement rotatif de la tête impulsé par le protagoniste situé à l’extrémité de la rangée se communique aux autres. Cela crée un éventail de regards. La rotation millimétrée rend leurs corps semblables à des machines de guerre. La seconde scène est un tableau sonore. L’un des musiciens joue d’un instrument à cordes avec un archet en tenant son instrument comme un violoncelle, si bien que, derrière l’archet qui frotte les cordes, la tête renversée en arrière du danseur semble sciée au niveau du cou par ce même archet.

 

La puissance de la souffrance est transposée dans le chant selon la tradition des femmes pleureuses. Là où on assigne les femmes à la sensibilité, à la souffrance en tant que porteuses des sentiments, le metteur en scène interroge la place de la masculinité dans la souffrance. Les hommes meurent à la guerre et les femmes pleurent leurs maris et leurs fils disparus, voilà le schéma habituel, traditionnel. Le spectacle montre les échelles de la souffrance à son paroxysme ponctuée par des moments d’accalmie, elle est lancinante. Elle est d’abord montrée sous un angle culturel, par le biais de la musique, puis elle se rend indépendante de toute signification pour exprimer la douleur brute, sortie des entrailles. Le chant d’abord articulé, tenu par la neutralité, exhibe ensuite sa source dans la douleur viscérale quand la voix sort des entrailles à l’état brut. Les cordes de la douleur sont déployées. Elle est triple dans la singularité de chaque discipline artistique, elle peut être une communion lorsque les hommes s’allient dans un trio de danse, se dédoublent entre le chant et la danse dans les mouvements synchronisés entre la chanteuse et le danseur. Chacun prend son indépendance : elle reste dans une équanimité alors qu’il est pris de soubresauts tandis que les musiciens perpétuent le frottement frénétique des cordes. Chaque corde de la douleur vibre de plus en plus durement. Le danseur en transe devient la marionnette des cordes vocales.

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