Krystian Lupa

Éditions Deuxième époque

  • Date de publication : 17 mai 2018
  • Collection À la croisée des arts
  • Ouvrage dirigé par Agnieszka Zgieb
  • Textes de Krystian Lupa, Agnieszka Zgieb, Fabienne Darge et Christophe Triau
  • Traductions du polonais par Agnieszka Zgieb
K. Lupa cover

Un ouvrage rassemble pour la première fois en France près de 300 dessins, croquis et montages de Krystian Lupa. Une traversée  inédite et passionnante dans l'univers du metteur en scène polonais.

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Ce livre captivant se compose de quatre parties : Carnets de croquis, Grafika, Costumes et Scénographies. Agnieszka Zgieb, traductrice de Krystian Lupa en France a dirigé l'édition du livre, auquel s'ajoutent deux contributeurs : Fabienne Darge, journaliste au Monde et Christophe Triau, professeur en Etudes théâtrales à l'Université Paris Nanterre. Ainsi que Krystian Lupa lui-même, bien sûr.

 

C'est à un véritable voyage dans l'inconscient du metteur en scène auquel le lecteur est invité. Agnieszka Zgieb le décrit comme un « dessinateur du rêve et de l'inconscient » : « Ces dessins son un voyage au pays du crépuscule éternel ». On entre d'abord dans le travail plastique de Krystian Lupa par la voie de l'enfance. Les dessins présentés montrent des êtres dont on peine parfois à distinguer le sexe – sont-ils hommes ou femmes ? En tout cas, Lupa les dessinent nus. Ce sont des corps érotiques, asexués parfois ou pourrait-on dire androgynes. Ces corps sont remplis d'eros en même temps que les dessins du maître polonais sont empreints de poésie et de surréalisme. Krystian Lupa est d'ailleurs lui-même un grand admirateur du psychanalyste Carl Jung, proche de l'idée d'un inconscient collectif et des sciences dites occultes. Ainsi s'ajoute une dimension spirituelle, proche du symbolisme et de l'ésotérisme, sans jamais que Lupa se définisse par l'un ou l'autre de ces courants. Fidèle à sa méthode, il navigue en terres non explorées. Les rares références directes à l'histoire de l'art que l'on pourra trouver sont celles à l'Homme de Vitruve de De Vinci, pour l'affiche qu'il a créée de sa dernière mise en scène du Procès de Kafka (qui sera présenté à l'Odéon la saison prochaine). Mais notons quand même que ces dessins sont reliés à d'autres courants. Ils peuvent par exemple faire penser aux peintures rêvées de Gorgio de Chirico.

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" J'écris pour penser, je dessine pour imaginer. "

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Syjamczycy

Les Frères siamois, s.l., 1998. Inspiration pour un roman (Jastarnia) écrit avec un groupe d'amis.

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Il est passionnant de voir que les dessins de Lupa sont faits sur tous types de matériaux : une enveloppe, du papier quadrillé... Il dessine même parfois avec de la poussière de charbon trouvée dans son appartement. Il donne à ces créations sorties de l'ombre éphémère le beau nom de « tableaux de la poussière » ! Le dessin ci-dessous a été créé sur un télégramme.

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Dowód nadania

Preuve d'envoi, Cracovie, 1983. Dessin sur l'avis d'envoi d'un télégramme.

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Enfance et années de formation

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Krystian Lupa a une formation de plasticien. La talentueux et turbulent étudiant entre à l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie, à l'Ecole nationale de cinéma de Łódź et s’assoit sur les bancs de l'Ecole nationale supérieure de Cracovie. Ce parcours reflète l'histoire artistique du metteur en scène qui est, selon l'expression employé par Christophe Triau, un « créateur complet ». Krystian Lupa conçoit en effet les lumières de ses spectacles ainsi que sa propre scénographie.

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En outre, on pose grâce à ce livre un regard neuf sur les inspirations de l'artiste Lupa. L'entretien qu'il accorde à Fabienne Darge permet de lever le voile sur son enfance, son histoire familiale et la vie du jeune homme originaire de Basse-Silésie. Comment il a commencé au théâtre Norwid de Jelenia Góra. Pendant ses années de jeunesse, il assiste aux mises en scène de Tadeusz Kantor et croise Jerzy Grotowsk  – dont il se détache et qu'il refuse de considérer comme son maître. Dans une atmosphère alors éclectique et stimulante, Krystian Lupa développe son talent artistique au sein du groupe de Jelenia Góra.

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On découvre dans la même partie de ce livre  "Yelo", une cité qu'il a imaginée dans son jeune âge et qu'il continue de rêver aujourd'hui. Cette ville est un forum névralgique pour artistes, poètes, artisans et bourgeois. C'est un refuge souterrain qui lui a également permis d'inventer enfant une langue à part entière. Il nous est proposé dans l'ouvrage une carte dessinée par Lupa, qui sert alors de guide touristique de l'imaginaire.

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Le rêve intérieur : une boussole

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Christophe Triau, dans la partie : « La création selon Krystian Lupa : théâtre, dessins, espace. » y analyse « la création infinie » du maître. L'expérience lupienne de recherche de la Vérité se retrouve jusque dans ses dessins. C'est un processus jamais fini. Dans ce texte approfondi il reprend la scénographie de Krystian Lupa. Il met en exergue les motifs de son œuvre (fenêtres, boîtes scéniques, lumières, etc.) et la manière d'approcher la création du metteur en scène. Les dessins de scénographie de Lupa servent de prélude à la création. Ils sont un outil pour exercer son imagination et prendre appui sur elle dans le processus de recherche artistique. Une sorte de projection de ce qu'il souhaite élaborer par la suite avec les acteurs.

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Malte

Malte ou le Triptyque du fils prodigue, d'après Rainer Maria Rilke, Stary Teatr, Cracovie, 1991.

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Ce processus de création se ressent jusque dans le travail du metteur en scène sur les costumes. S'il les invente en amont il ne les laisse bien entendu jamais figés. Pour lui, ses dessins s'accompagnent nécessairement d'une recherche autour du personnage, pour en dégager son "aura". Là encore, rien n'est fixe et ces croquis ne sauraient en aucun cas donner lieu à des vêtements définis. Ce sont plutôt des traits de caractère qui confèrent aux comédiens une idée pour approcher le personnage.

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" Je sens qu'il m'est interdit de conduire quelque chose jusqu'au bout, que je n'ai pas le droit de l'achever. "

 

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Krystian Lupa a pour mantra l'inachèvement. Il ne cherche ainsi aucune perfection, aucune œuvre finie. Ce serait trahir l'art qui a lieu sur scène, l'inconnu et l'inévitable. Il défend un théâtre qui s'auto-nourrit de sa propre recherche. Chez lui, le dessin, la lumière, les décors, la pièce ne font qu'un ensemble homogène en même temps qu'une masse hétéroclite et vitale. Le spectacle devient un point d'interrogation sur un monde teinté d'incompréhension. Il essaie de rassembler et d'ordonner ce chaos nourricier par la voie d'un art qu'il ne prétend pas maîtriser et dont il se laisse envahir. Les acteurs et le public, dans une communion orchestrée par lui, dévoilent à chaque représentation - à travers les barrières, les vitres, les substituts érigés en décor, les objets - une essence intérieure. C'est un instant unique d'éclosion. Le maître polonais permet l'accouchement mais ne prend pas ses pièces comme un objet figé. Une fois le cordon coupé, l'oeuvre se vit d'elle-même. Un trait sur une page blanche aussi bien que le corps d'un acteur deviennent des lignes de fuite salvatrices pour le metteur en scène. Lupa obtient sa liberté sur ces vides horizontaux, à l'aulne de ce qui l'anime : la quête de la Vérité, dans son état organique. Il s'agit pour lui de redéfinir les contours d'une création vivante, douée d'une conscience propre qui nous échappe.

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" Le nouveau jaillit du chaos et de sa matière.

Toute création naît d'une masse informe

et d'une énergie trouble. La situation, celle qui émerge de l'obscurité de la conscience humaine s'oppose au premier trait simple, elle est la profondeur abondante et enchevêtrée du monde - elle doit devenir l'axe du cristal qui se forme, le vecteur donnant à l'énergie sa direction. Attaché à cette première bordure saisissable, l'homme vit dans l'effroi et dans la terreur de la solitude. Ils sont la substance du commencement. "

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Ogród

Le Jardin, 1991.

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On peut saluer le travail d'orfèvre d'Agnieszka Zgieb à chacune des pages pour compiler de très variés et riches dessins et textes. La traductrice de Krystian Lupa a donné une âme à la pensée du metteur en scène pour la langue française. Sans être seulement pictural le livre devient, fort des apports très intéressants de ses contributeurs, un précieux recueil de réflexions sur son travail théâtral et dramaturgique. L'ouvrage propose également de lire la correspondance de Lupa, qui nous éclaire sur ses intentions. Son nom, utilisé seul en titre, évoque d'ailleurs l'artiste autant que la personne. On est en effet amené à questionner l'acte créateur au centre de son oeuvre, ses visions et l'énergie inhérente à sa vie intérieure qui le remplissent.

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Dans cette édition de référence, on se passionne pour le génie créateur de Krystian Lupa qui pose en face de nous les miroirs évanescents de notre humanité profonde ; autant de rêves subtilement cachés qui prendront, pour le connaisseur comme pour le non-initié, la forme mouvante de dessins sacrés et révélateurs.

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Krystian Lupa, ouvrage dirigé par Agnieszka Zgieb, Collection "À la croisée des arts", Éditions Deuxième époque

228 p., 30 €


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pour en savoir plus...

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/// Lundi 24 septembre 2018 ///

Odéon-Théâtre de l'Europe, Salon Roger Blin

" Dessinateur de la pensée "

Rencontre avec Krystian Lupa, Agnieszka Zgieb, Fabienne Darge et Christophe Triau

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/// Samedi 29 septembre 2018 - 16h /// 

Dédicace en présence de Krystian Lupa

Librairie Le Coupe Papier, 19 rue de l'Odéon, 75006 Paris 

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