Hilda

Autres théâtres

  • Date au théâtre du petit Louvre du 6 au 29 juillet, relâches 11, 18 et 24 juillet
  • Auteur Marie NDiaye
  • Mise en scène Jean Doucet
  • Avec Marie Moriette Jean Doucet Nicolas Naudet Clara Marchina
  • Scénographie Benjamin Gibert
  • Lumières Mickaël Varaniac-Quard – Arthur Leduc
  • Corps et mouvements Odile Azagury
  • Collaboration costumes Yvane Azagury
  • Régie plateau Hawa Koné
03_HILDA_©_Michel_Hartmann_49231-760x510 © Michel Hartmann  

Hilda est une pièce de Marie Ndiaye mise en scène par Jean Doucet que nous avons eu l’occasion de voir lors de sa première au festival d’Avignon le 6 juillet.

   

La mise en scène est judicieuse et la salle des templiers du théâtre du petit Louvre la met en valeur puisque nous voyons d’au-dessus les déplacements des personnages. La scène un peu étroite concentre l’action. Le personnage de la maîtresse de maison employant la fameuse Hilda développe sa main mise sur le personnage du mari d’Hilda qui doit se retrancher encore et encore au fur et à mesure que le pouvoir de la femme riche s’étend. La maison du couple humble est figurée par un espace qui occupe environ un tiers du plateau. L’homme est entouré de plantes en pot. Celles-ci occupent la majeure partie de son espace, ce qui l’oblige à se mouvoir avec beaucoup de précautions tandis que la femme noble, Mme Lemarchand, va et vient dans un large espace comme bon lui semble et ne se soucie guère de trébucher sur un pot ou de faire tomber une chaise. Est-ce que ce sont des événements imprévus dans la mise en scène ou calculés ? Quoi qu’il en soit, ils s’imbriquent parfaitement dans l’intrigue : la femme de pouvoir ne laisse jamais intact ce qui se dresse sur son passage.

 

Lorsque la comédienne qui tient le rôle de Mme Lemarchand est en avant scène, les deux personnages semblent égaux mais lorsqu’elle s’approche de lui, à son niveau, la différence de taille est frappante. Elle le surplombe du haut de ses talons et elle le toise. Cette manipulatrice porte des vêtements avec de larges épaulettes, à l’image des militaires. Elle dirige d’ailleurs d’une main de fer quiconque. Elle joue avec sa domestique, la prenant pour une poupée qu’elle s’amuse à coiffer, à vêtir, à dévêtir selon ses caprices. Les tapis blancs en partie déroulés symbolisent le pouvoir grandissant de la maîtresse de maison maternaliste qui étend son emprise jusqu’à la demeure de ses domestiques. La partie non déroulée rappelle les rouleaux maritimes prêts à submerger à tout moment le petit jardin tranquille de la maisonnée.

 

Au fond de la scène un musicien prend en charge tous les accompagnements sonores. Une guitare, un métronome, un hautbois traduisent musicalement l’ascendant verbal de la femme tyrannique sur les plus humbles et rend compte en sourdine de la colère retenue des deux personnages soumis. Cette femme manipulatrice sous des airs de bonté rend dépendant d’elle le mari de sa domestique, et l’éloigne de cette dernière. Le prénom Hilda résonne sans cesse durant toute la pièce dans les oreilles des spectateurs. Solidaires du couple des domestiques, on subit une oppression qu’on pourrait qualifier d’auditive. Hilda devient une absence obsédante pour le spectateur : on ne parle que d’elle. Il en est de même pour son mari qui la perd de vue, retenue chez Mme Lemarchand. Il souhaite qu’une seule chose, la retrouver. Le miroir qui pend depuis les cintres tout au long de la pièce rappelle le désir de Mme Lemarchand de ressembler à Hilda, et l’identification du public aux oppressés qui ne peuvent rien dire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *