Fragment d’un calcul erroné

Théâtre 13

  • Date 15 au 16 juin
  • Compagnie Rascar Capac
  • Auteur Elie Salleron et Dimitri Zaraczek
  • Comédiens Flavien Bellec, Marie Benati, Lucas Henaff, Charles-André Lachenal, Elie Salleron et Lisa Spurio
  • Réalisateur/Metteur en Scène Elie Salleron et Dimitri Zaraczek
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Le prix theatre 13/ jeunes metteurs en scène est un concours avec plus de 80 projets au départ et 6 finalistes au troisième tour, ce qui donne lieu à un festival du 29 mai au 16 juin au théâtre 13 Seine. Pour plus d’informations, clique sur ce Portrait réalisé par Le souffleur.

 

Le descriptif de la pièce est au premier abord accrocheur : « Dimitri Zaraczek, auteur mystérieux mort en 2017 à l’hôpital psychiatrique, a laissé un manuscrit, « Le calcul erroné », mystérieuse pièce fragmentée qui raconte la folie du monde. » Cependant les morceaux trouvés sont étirés et se perdent en longueur ; les répétitions avec variation n’aboutissent qu’à tirer un fil qui pourrait être mieux exploité. La dérision demeure un peu timide.

 

La fiction se présente sous la forme de fragments de douze scènes inachevées écrites par ce fameux Dimitri Zaraczek. Ce concept d’inachèvement de la fiction semble être une solution de facilité. L’explication fictionnelle de l’absence d’organisation réside en elle-même dans le fait que l’œuvre posthume est inachevée. Parmi les diverses courtes scènes, on en retiendra deux. La première met en scène un échange entre un général et ses officiers. La fermeté affichée des réponses hurlées perd de sa teneur lorsque les officiers sont pris de doutes alors que le général est fier de dire que la guerre passe avant toute chose, avant même la réflexion. Il aboutit ainsi à la conclusion qu’il faut faire la guerre à son propre pays. La deuxième est celle d’un match de foot durant lequel l’arbitre change sans arrêt les règles. Cela se fonde sur la racine commune de deux mots : arbitre et arbitraire. Dans un glissement ludique de l’un vers l’autre on apprend, en même temps que les joueurs, que l’arbitrage est totalement arbitraire.

 

La pièce se construit en trois niveaux : les fragments, les lectures du journal de l’auteur disparu et des interruptions méta-théâtrales. Les fragments sont interrompus par le surgissement de deux personnages qui nous parlent du spectacle tandis que les décors changent. Les commentaires qui se voudraient être un rappel de la distanciation brechtienne semblent surfaits et quelque peu dépassés ou bien semblent ne pas être poussés assez loin. Certains fragments sont entre’coupés par des extraits du journal de Dimitri Zaraczek. Ce sont certainement les passages les plus intéressants et les plus profonds de la pièce que nous offrent ces lectures du journal. Ces passages rythmés constituent une pause, et la transition d’un fragment vers un autre. L’auteur disparu consigne dans ses écrits ses pensées sur le monde et pose l’épineuse question de la subjectivité : est-il fou ou est-ce ce monde ? Un fragment notamment met en pratique cette question : à propos d’un vélo, un jeune garçon semble être soit étonnamment perspicace soit totalement aveuglé concernant l’état d’un boulon. Dans un fragment sériel deux scientifiques étudient un calcul erroné. Ils ont un raisonnement absurde. L’un des scientifiques est prêt à démontrer que l’erreur est logique sans même penser la corriger. Ce fragment ponctue la pièce à trois reprises et en constitue le fil rouge. Tout part donc d’un postulat, d’un calcul erroné.

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