Nous sommes tous des enfants

Théâtre 13

  • Date 5 & 6 juin 2018
  • Mise en scène Youssouf Abi-Ayad
  • Compagnie Les Ombres des Soirs
  • Avec Mathilde Carreau, Romain Darrieu, Bérénice Hagmeyer, Agathe Herry, Guillaume Hincky et Christian Jéhanin
  • Production Cie Les Ombres des Soirs
  • avec le soutien du Ministère de la Culture / Ateliers Médicis, de la région Grand Est, du Théâtre National de Strasbourg, du Jeune Théâtre National, du Cenquatre Paris, du Carreau du Temple, de la Loge, du festival de Villerville, de la ville de Poissy, du Théâtre de Bouxwiller du Théâtre de Geispolsheim et l’accueil généreux de l’Odéon-Théâtre de l’Europe et du Rond Point.
prix théâtre 13
Nous sommes tous des enfants, c’est le pari que fait Youssouf Abi-ayad, le metteur en scène de la compagnie Les Ombres des Soirs en présentant sa pièce au théâtre 13, dans le cadre du Prix Théâtre 13. Notre âge n’y change rien, notre cœur reste fragile et notre corps sensible comme lorsque nous étions petits. Le vieil homme qui s’avance à pas feutrés sur scène en susurrant au micro des mots doux pour sa mère en est un bon exemple.
De même, cette fille témoigne à travers le cadre noir d’un écran : elle est atteinte du syndrome de l’Antilope. Face à un oasis, elle ne peut profiter du moment lorsqu’elle se désaltère, sa peur du lion la tétanise. Dans nos instants de bonheur, il y a toujours un lion qui rôde, une peur paranoïaque qui ne nous laisse savourer ces moments. Ces étouffantes peurs fourmillent notre confort occidental : s’être garé sur un stationnement payant sans acheter de ticket… est ce que j’ai mis la bonne tenue pour sortir ? Ce que je vais lui dire va t il lui plaire ? Le problème de notre société est que l’on doit être tout le temps concerné par tout. Comme dans cette scène où l’on voit un maître de conférence annoncé le nombre de morts suite aux attentats comme dans une vente aux enchères. On ne sait où se placer dans ce moment malaisant.
Le spectacle parle de toutes les névroses que provoque le fait d’être conscient, trop conscient : être charlie, manger bio, faire attention à la planète. Nous sommes tous coupables, nous avons tous les mains tachées de sangs et nous suffoquons tous à l’idée de supporter le poids de cette culpabilité. Ainsi tous ces soliloques finissent par faire exploser le plateau dans un débat enflammé entre ces personnes transportées par des vents de colère, d’espoir coupé d’un nihilisme profond. La peur de se prendre un retour de flamme en pleine gueule est le moteur de ce tumulte. 
Au milieu des ces scandales-prises de têtes se joue la rencontre entre deux jeunes gens. Seulement, cette rencontre n’est pas à l’image des contes de fées, et d’ailleurs, leurs yeux ne se rencontrèrent pas. C’est une science fiction d’un fragment du discours amoureux, un coup de foudre en navette spatial. Les deux corps sont des vaisseaux dont il faut réguler le système de pressurisation corporelle, atténuer la pression artérielle, le taux d’endorphine et ralentir la fréquence BPM lorsque l’écran de contrôle détecte la présence de l’être aimé. Les deux amoureux tentent alors de contrôler leurs réactions chimiques en déplaçant les écrans digitaux de leurs tableaux de bord afin d’éviter tous les « crashs » de croisière. Toute action vers l’autre active les glandes hormonales et fait entrer leur machine corporelle en zone de turbulence : c’est ce qu’on appelle l’amour. Un travail de recherche profond et sincère se ressent à travers ces explorations mentales ou physiques de l’être, auxquels seuls des comédiens en noir, sans objets, ni artifice, rendent hommage juste par leurs tripes et leurs voix. De beaux moment de théâtre. 
 
La deuxième partie met en scène un laboratoire de recherche, dans un futur post-apocalyptique où la guerre à l’extérieur semble avoir tout dévasté. Beaucoup de moyens ont été mis en œuvre pour figurer cette station expérimentale : remplissant tout l’espace scénique, de grandes cabines blanches transparentes par leurs moustiquaires avec des hublots rappellent le vaisseau spatial.Les expériences scientifiques sont des métaphores des phénomènes sociologiques comme la théorie des dominos qui démontrent l’irréversibilité des choses , ou la théorie de la grenouille qui s’habitue au changement de la chaleur et qui cuit sans s’en rendre compte. Sans faste, ni niaiseries, la première partie montre une démarche plus touchante et sincère que la deuxième. 

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