Le Maître et Marguerite | Le Souffleur

Le Maître et Marguerite

Théâtre de la Tempête

  • Date jusqu'au 10 juin 2018
  • de Mikhaïl Boulgakov
  • adaptation et mise en scène Igor Mendjisky (éd. L’avant-scène théâtre - 2018)
  • avec Marc Arnaud, Romain Cottard, Adrien Gamba Gontard, Igor Mendjisky, Pauline Murris, Alexandre Soulié, Esther Van den Driessche, Yuriy Zavalnyouk
  • scénographie Claire Massard et Igor Mendjisky
  • lumières Stéphane Deschamps
  • son et vidéo Yannick Donet
  • costumes May Katrem et Sandrine Gimenez
  • construction décor Jean-Luc Malavasi
  • assistant à la mise en scène Arthur Guillot
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La Compagnie Les Sans Cou, que le Souffleur accompagne depuis ses débuts – cf. J’ai couru comme dans un rêve (trois critiques !) , ou Notre crâne comme accessoire – réussit  avec brio la gageure d’adapter à la scène Le maître et Marguerite de Boulgakov. En convoquant une myriade de personnages dans une énergie folle, les comédiens n’hésitent pas à faire appel au public et à lui jouer des tours !

 

Le spectacle se déroule sur une scène tri-frontale, avec la majorité du public sur les gradins de face, ou encore stratégiquement placé autour de la scène, très près de l’action et pouvant prendre part à tout moment à ce spectacle protéiforme. Car Le Maître et Marguerite n’est pas pour rien l’un des romans majeurs du XX e siècle : l’histoire se déroule sur pas moins de trois espace-temps différents et fait la part belle au surnaturel, convoquant pêle-mêle les figures du Christ, de Satan ou de Staline, qu’on peut reconnaître sous les traits du gros chat Behemot et ses longues moustaches !

 

Le plateau est nu et ses limites sont dessinées par des néons qui suggèrent des changement de scène avec un simple éclairage. En fond de scène se trouve un podium avec un microphone où un acteur par en Russe, non surtitré. Cela se superpose avec ce qui se passe sur scène et en Français, mais cela nous place immédiatement en Russie, ou plutôt en Union Soviétique. Quelques chaises, des blouses blanches, des tenues d’hôpital et nous sommes tout d’abord dans l’hôpital psychiatrique où est enfermé Ivan, membre de la société littéraire Massolit. Il est enfermé là car personne ne croit à son histoire rocambolesque : il veut faire appel à la police et accuse un certain professeur Woland d’avoir tué le président de cette prospère société par décapitation en le faisant tomber sous les rails d’un tramway. C’est justement cette scène qui se déroule devant nos yeux juste après : il fait une chaleur caniculaire dans ce Moscou des années 1930, Ivan et Berlioz sont en bas de pantalon et discutent sur le « pilatisme ». Ils réfutent l’existence même de Jésus Christ. C’est alors que survient le professeur Woland (l’excellent Romain Cottard) et sa clique. Il affirme non seulement avoir assisté personnellement à l’entrevue de Ponce Pilate et de Jésus, mais prétend aussi être logé à Moscou dans l’appartement de Berlioz et va jusqu’à prédire la mort de celui-ci par décapitation. Les deux intellectuels sont hilares devant lui et pourtant une image de train et un « BOUM » de bande-dessinée projetés sur l’écran en fond de scène suggèrent l’accident mortel ! Le professeur de magie noire est bel et bien le diable en personne.

 

Un changement de lumière, un changement de costume et l’on est plongés dans la Judée antique. Ici on parle en Araméen. Ponce Pilate a un terrible mal au crâne, ce que perçoit Yeshua (le nom hébreu du Christ), qui est porté devant lui avant d’être condamné. Yeshua lui conseille de prendre du recul par rapport à sa position de préfet de Judée et de se reposer. Saisi par le magnétisme de cette voix, Ponce Pilate lui hurle pourtant dessus mais hésite encore à le condamner à mort. Durant toute cette scène, Woland reste immobile et en retrait sur scène, c’est lui le personnage omniscient que l’on retrouve dans toutes les histoires.

 

Retour en HP et dans le Moscou des années 1930. Ivan reçoit une visite impromptue d’un autre « fou » de l’établissement. Il se désigne comme le personnage principal de l’histoire, en précisant bien qu’il ne s’agit pas de Marguerite. Outre les très nombreuses coupes nécessaires à l’adaptation d’un roman aussi dense, c’est dans ces petits interstices que l’on retrouve les petites libertés prises avec l’œuvre et l’humour propre à la compagnie. Voici enfin la figure centrale du Maître – il n’apparaît que très tardivement dans le roman – qui raconte à son tour son histoire d’écrivain maudit, très proche du parcours rocambolesque et tragique de Boulgakov lui-même. En effet, il n’écrit pas moins qu’un nouvel évangile où l’on découvre la rencontre réelle entre Ponce Pilate et le Christ, Yeshua. C’est ni plus ni moins la Judée antique, jouée ici en Araméen, que l’on a découvert quelques scènes plus tôt. Poursuivi par la critique qui fait rage alors, l’écrivain brûle son manuscrit et choisit de s’interner dans cet hôpital. Il raconte aussi son histoire d’amour avec Marguerite, qui sauve le Maître ainsi que son roman. C’est là qu’intervient à nouveau Woland, organisant un majestueux bal des ténèbres où Marguerite joue un rôle central. Cette fête dans les enfers ne prend pas très bien sur le plateau du Théâtre de la Tempête, et l’on s’interroge sur le choix cheap des morceaux de musique joués, mais Woland s’en moque lui-même, s’exclamant que c’est justement ça qui est infernal ! Le pari d’Igor Mendjisky et de sa bande est une belle réussite, il mène tambour battant ces différentes histoires avec des comédiens très justes et talentueux. Ils jouent en Français, Russe, Araméen, ils miaulent et interprètent même du Lou Reed en Russe !

 

Le spectacle se joue jusqu’au 10 juin au Théâtre de la Tempête et sera repris en tournée dès cet été au Festival off d’Avignon, du 6 au 27 juillet au 11 Gilgamesh Belleville.

 

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