Orestie, opéra Hip Hop | Le Souffleur

Orestie, opéra Hip Hop

MC93 - Bobigny

  • Date 7 au 13 mars 2018
  • Écriture D’ de Kabal
  • Mise en scène Arnaud Churin et D’ de Kabal
  • Documentation, dramaturgie, révision du texte Emanuela Pace
  • Collaboration à la mise en scène Arnaud Chéron
  • Avec Arnaud Churin, Murielle Colvez, D’ de Kabal, Mia Delmaë, Marie Dissais, Didier Firmin, Hutch, KIM, Kohndo, Mike Ladd, Franco Mannara, Nina, Raphaël Otchakowski, Emanuela Pace, Guillaume Rannou, Scouilla, Arnaud Vernet Le Naun, Alexandre Virapin, Isabelle Zanotti
  • Création musicale collective sous la direction d’Arnaud Vernet Le Naun et Franco Mannara
  • Scénographie Philippe Marioge
  • Création lumières Kelig Le Bars
  • Costumes Sonia de Sousa et Olivier Bériot
  • Son Thierry Cohen, Eric Berrard, Sébastien Viguié
  • Régie générale Richard Pierre
  • Régie lumières Pascal Alidra et Clémence Perrin et l'équipe technique de la MC93
Capture-d’ecran-2018-03-09-a-12.31.28 L’Orestie est une tragédie écrite par Eschyle au 5e siècle av. J.-C. Ce mythe grec, un des plus anciens, est composée en trois parties Agamemnon, les Choréphores et les Euménides. Ces mythes racontent la malédiction tombée sur la famille des Atrides. Le roi, Agamemnon, sacrifie sa fille Iphigénie pour que les vents soient favorables à la bataille qu’il veut livrer. Folle de tristesse, sa femme, Clytemnestre le tue et le surprend dans les bras de sa maîtresse qu’elle tue par la même occasion. Comme une réaction en chaîne la deuxième fille royale demande à son frère, Oreste, de rétablir la justice et lui commande de tuer leur mère respective. Celui-ci scelle le cycle de la vengeance et donne son nom à la tragédie.
 -
L’Orestie est ici modernisée et adaptée par D’ de Kabal. Certains passages font l’objet d’une totale réécriture. Il s’agit d’une histoire de justice et de vengeance : qui rendra justice si les dieux, suprêmes juges, ne prennent pas parti ? Comment rendre justice sans tomber dans la vengeance ? Le propos de la pièce qu’on pourrait qualifier d’intemporel est remis au goût du jour. Le chœur antique de la tragédie est bien mis en valeur. La pièce est montée sous la forme d’un opéra hip-hop, comme l’indique le sous-titre.
 -
La scénographie est assez simple et imposante. Des gradins en bois clair occupent la majeure partie du plateau. Devant eux, un piédestal est occupé lors de soliloques, ou de courts monologues. Ici, la hauteur du piédestal est ridicule en comparaison avec les gradins, ce n’est plus un piédestal. La chute des personnages se lit spatialement, plus ils se rapprochent du sol, plus ils perdent de la grandeur. Le nombre élevé des comédiens-chanteurs permet de faire des chorégraphies qui occupent ce grand espace. Les gradins permettent en quelque sorte de donner une profondeur à la scène pour ainsi rendre plus visibles les chorégraphies. Un personnage est encerclé, les autres circulent en montant et en descendant les marches. Ils tendent leur bras pointant leur doigts l’auteur des méfaits. Le personnage est pris au piège autour de ces bras pointés sur lui comme des armes. Les lumières surplombantes sont à l’image de la malédiction des dieux venue s’abattre sur la famille des Atrides. Elles sont bleutées, froides et contrastent avec les gradins beige clair sur lesquels se découpent les figures à capuches de dos.
 -
La majorité des répliques sont slammées ou parlées : le rythme reste bien présent. C’est sans aucun doute dû au fait que parmi la vingtaine de comédiens, on compte principalement des chanteurs. Le chant lyrique, peu souvent polyphonique, côtoie des catégories dites moins nobles : le rap, le slam. Les frontières entre les genres musicaux sont abolies, comme celles entre les hommes le seraient utopiquement. Tous les passages chantés sont sur-titrés pour que la compréhension ne soit pas une barrière à l’écoute. En effet, on parle et on chante français, anglais, latin. Il n’y aucun fond sonore, les paroles, les chants sont a capella, ce qui rend compte du dépouillement des moyens si l’on met à l’écart les micros de chacun. Le chant sans artifice est souvent accompagné par trois hommes isolés du groupe qui font du beatbox.
 -
La volonté de fondre ensemble tous ces registres choraux entre en résonance avec la dimension chorale de la tragédie grecque. L’idéal contemporain d’égalité entre les citoyens est concrétisé à la fin du spectacle lorsque le peuple entier débat de la démocratie. Ce passage ajouté met en scène un dialogue véritablement démocratique, la lumière se fait sur le public : sommes-nous invités à participer ? Les personnages chantent ensemble, côte à côte, aucune voix ne s’élève contre une autre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *